Laetitia


Laetitia

Un film de Julie Talon

La boxe thaï sert ici de prétexte pour une beau portrait de femme douce, championne du monde et timide.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Repérée dans une école de boxe

La jeune réalisatrice de 44 ans, dont c’est le premier long métrage pour le cinéma, le reconnaît elle-même et, du coup, cette remarque ne brusquera pas trop les féministes : il est étonnant qu’une femme veuille faire de la boxe. En effet, Julie Talon ne pratique pas la boxe et ne hante pas les salles de sport. Après son très beau Comme si de rien n’était en 2013, qui raconte la lente dérive de Rose, sa grand-mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, la voici qui se retrouve à construire un film documentaire sur un sujet dont elle ne connaissait rien au départ. Pour les besoins de repérages pour un projet de film, la voici dans une école de boxe où des jeunes gens gants se tapent sur la gueule. Elle repère pourtant la seule femme de l’assistance, en tenue de boxeuse, puis qui disparaît comme une apparition. « Laetitia, c’était quasiment la seule fille du club, déclare la réalisatrice. Elle était obligée de s’entraîner contre des hommes. Là où j’aurais pu imaginer de la pudeur, il n’y en avait pas. À la place, c’était un corps-à-corps très beau. » Continuant ses repérages, elle va de salle en salle, sans pourtant oublier ce visage féminin qu’elle avait remarqué, jusqu’au jour où on lui conseille de rencontrer son entraîneur, Jean-Marie, qui deviendra, avec ses airs de Jiminy Cricket bougon, le second protagoniste du film dans son propre rôle au fin fond d’un quartier glauque de Vitry.
 


Un entraîneur bougon et charismatique


En fait, le film se tournera un peu au petit bonheur la chance, d’autant que dans le monde du sport, on n’est jamais sûr de la victoire. En décidant de suivre la belle Laetitia depuis sa première victoire mondiale, jusqu’à la seconde, Julie Talon a pris de gros risques. En effet, Laetitia aurait très bien pu ne pas remporter le match qui clôture le film. Elle aurait pu jouer encore la fille de l’air, ou poser un lapin comme elle en a l’habitude. Le film porte d’ailleurs le prénom de son personnage principal car, au-delà de la boxe thaï de surcroît, c’est surtout un portrait de femme fragile et attachante qu’elle nous offre. Souvent cadrée serré, d’abord avec ses tresses rasta, puis avec sa couleur blonde et ses cheveux courts, Laetitia se donne à la caméra avec une franchise et un cran extraordinaires. Elle ressort embellie dans ce combat quotidien qu’elle livre pour être la meilleure, après avoir tout laissé tomber après son premier titre de championne du monde. Julie Talon filme tout : son combat pour perdre du poids, ses velléités de tout plaquer encore et encore, le fils qu’elle élève seule apparemment, cette belle pudeur qui entoure cette mère courage et surtout sa fragilité étonnante de ce qu’on imaginerait venant d’une boxeuse professionnelle. « J’ai pensé que le film était peut-être là, dans ce grand écart entre ce qu’elle est et ce que je suis. Parce qu’elle est très différente de moi, je vais être obligée d’apprendre à la regarder, à comprendre comment elle fonctionne. », déclare Julie Talon dans le dossier de presse.
 


Pour mieux connaître la boxe thaï

Au passage, même si le film n’est pas à proprement parler un film sur le sport, il est quand même éloquent sur la grande difficulté de devenir la meilleure, surtout dans ce milieu où il faut se confronter aux hommes qui, toutefois, sont montrés ici sous leur meilleur jour. On en apprend beaucoup sur ce sport bizarre dont tout le monde a entendu parler et que personne ne connaît vraiment. La boxe thaï est un sport de combat créé initialement par les militaires au XVIe siècle, période très troublée en Thaïlande et émaillée de conflits. On dit que grâce à cet art martial, les Thaïlandais ont réussi à repousser leurs assaillants birmans au XVIIIe siècle. Selon une légende, Naï Khanom Tom, un soldat et boxeur capturé par les Birmans en 1767, fut opposé à dix de leurs champions qu’il mit au tapis. Il devint alors un héros national, et les Thaïlandais lui rendent hommage chaque année à l’occasion de la « Nuit des boxeurs ». On ne saura jamais pourquoi Laetitia a choisi ce sport, pourquoi elle y excelle. Mais tout le film se focalise sur sa beauté et sa dignité si bien que sa victoire finale est aussi une victoire pour la réalisatrice qui a réussi cette belle gageure.


Fiche du film


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