C'était maintenant


C'était maintenant

Un film de Jean-Christophe Sandt

Avec David Meslet, Anne Mino, Amandine Claudy

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face », selon Héraclite. Ce film en fait l’étrange expérience.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Un scénario bien écrit

Premier long métrage du jeune réalisateur Jean-Christophe Sandt, C’était maintenant n’est certes pas inintéressant dans sa façon de vouloir égaler Rohmer et quelquefois Eustache. Mais il pèche un peu par son casting. Si l’acteur principal, David Meslet dont c’est apparemment le premier film, est magnifique et très présent, on ne peut pas en dire autant des actrices qui, pourtant, sont en ligne de mire de ce film qui traite courageusement de l’amour et de la mort, deux concepts parfaitement imbriqués dans la vie de tout être humain. Le film, en effet, tente parfois avec brio, mais aussi quelquefois maladroitement, d’entrer dans la tête d’un homme, Vincent, qui mène une vie paisible et qui, tout à coup, voit sa vie basculer par la perte brutale de sa femme. On ne devrait pas déflorer le sujet d’un tel scénario, mais d’autres ont déjà dû le faire, ou le feront, surtout à la télévision.

L’histoire commence par le lever d’une belle jeune femme, interprétée par Nathalie Couturier, qu’on ne verra hélas plus trop par la suite. Est-ce une erreur de casting ou les conséquences d’autres engagements, mais le réalisateur aurait dû lui donner un rôle plus conséquent. Dans le lit conjugal, elle s’étire et se retrouve seule. Où est passé le mari, se demande in petto le spectateur ? Or, il ne s’agit ni d’un thriller, ni d’un film d’espionnage. Le mari a simplement inventé un jeu de piste pour pouvoir passer un moment avec elle, seuls à seuls, enfin débarrassés pour la journée de leurs deux enfants. Après des bisous et un pique-nique dans le parc de la Tête d’Or car le film se passe à Lyon (pour une fois, ce n’est pas le Paris de cartes postales qu’on nous sert régulièrement dans le cinéma français !), le mari au moment d’aller enfin dormir après une journée riche en émotion découvre sa femme morte dans le lit, des suites d’une rupture d’anévrisme.
 



L’amour comme rupture d’anévrisme


Tout le monde, au moins un fois dans sa vie, a imaginé, sinon hélas vécu, pareille situation. Comment se reconstruire après un deuil aussi terrible, peut-on refaire sa vie comme disent les gens et, si oui, comment faire ? Rencontrant d’autres femmes, se retrouvant face à la médiocrité des amis qui ne savent trop comment réagir, qui ont peur de parler, qui ont peur aussi de consoler, Vincent le héros malgré lui se retrouve bien seul. Tout ceci donne un film un peu bavard, un peu lent, mais non dépourvu d’un charme vieillot, à la Nouvelle Vague, qui n’est pas vain et pourrait déboucher sur une belle leçon de philosophie, ou en tout cas de vie. Malheureusement, le réalisateur s’est apparemment trop laissé tenter par le côté pragmatique de l’amour comme s’il était possible de remplacer celle qu’on a aimée par une autre, comme ça, rapidement et au petit bonheur la chance.

Un happy-end peu convaincant

Finalement, on pourrait déplorer qu’il ait fait ensuite le mauvais choix d’un happy-end un peu improbable, pour ne pas dire ridicule et convenu, donnant enfin un sens à cette prolepse symbolisée par une femme, Laurence, personnage factice et un tantinet ridicule ayant quitté son mari de manière complètement hystérique. Hésitant entre la mort et la vie, Vincent sort d’un cauchemar et va finalement choisir la vie, mais une vie toute banale qui n’a rien du tout à voir avec l’aspect romantique, voire punk, qu’il aurait pu donner à son film. Pour le prochain, s’agissant d’un cinéaste prometteur, il faudrait lui conseiller d’avoir « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ».


Fiche du film


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