Spiderman : Homecoming


Spiderman : Homecoming

Un film de Jon Watts

Avec Tom Holland, Michael Keaton, Robert Downey Jr., Marisa Tomei

Un reboot qui sacrifie l'éthique de Spider-Man sur l'autel du fun. Drôle mais sans plus.

Article de Maxime Lerolle 2 étoiles



Difficile de faire l’impasse sur la trilogie de Sam Raimi quand ressurgit une nouvelle adaptation de Spider-Man, tant l’interprétation toute en finesse et justesse de Tobey Maguire avait donné un corps aux interrogations morales qui hantent le super-héros adolescent.
Si le précédent reboot (The Amazing Spider-Man, Marc Webb, 2012) n’avait aucun intérêt, la nouvelle version du Marvel Cinematic Universe, qui, pour une fois, ne revient pas sur le meurtre de l’oncle Ben et la découverte des pouvoirs de Spidey, s’avère regardable, et même drôle. Pour autant, transformer Peter Parker en adolescent grotesque en fait-il un bon Spider-Man ?

Une action sans morale

Disons-le clairement : Spiderman : Homecoming est plus un film MCU qu’un vrai film de Spider-Man. Outre l’ancrage dans l’univers Marvel, avec ses références aux Chitauris (The Avengers), Ultron (Avengers : l’Ère d’Ultron) et aux super-héros, le film s’inscrit dans le style visuel et narratif des studios Marvel. Un mot, régulièrement employé par les personnages, qualifie le film : « cool ». De la même manière que Les Gardiens de la Galaxie 2, avec plus de brio que ce dernier, Spider-Man : Homecoming multiplie les traits d’humour potache, les gags burlesques et les scènes d’action rocambolesques.
Du personnage originel, la nouvelle adaptation n’a donc gardé que le caractère bouffon et turbulent de l’adolescent, incarné par Tom Holland. Mais là diffère la trilogie de Raimi. Les visages de Tom Holland et Andrew Garfield (précédent Spider-Man dans le dernier reboot) ont en commun un aspect lisse, parfaitement tranquille ; alors que le visage de Tobey Maguire avait, au cœur de son apparente gentillesse, des failles : ses yeux tristes et ses lèvres pincées. Aussi ne pouvait-il pas se montrer aussi assuré que les deux nouveaux acteurs, et – ce qui faisait tout l’intérêt des trois films de Raimi – mettait constamment en crise la légitimité de ses actions.
« Ce sont nos choix qui font ce que nous sommes, et nous avons toujours la liberté d’opter pour le bien », clame-t-il à la fin du troisième opus. Un credo en parfaite résonance avec la philosophie existentialiste d’un Sartre et encore plus d’un Camus. Autrement dit : le Spider-Man de Raimi, super-héros existentialiste, pèse chacune de ses actions selon un Bien et un Mal immanents, et non existants dans une transcendance a priori. Jamais on ne le voit partir à l’aventure sans avoir soupesé la valeur morale et politique de sa décision.
 




Ne plus se poser de questions

Or, la notion de choix, donc de mise en doute de soi, disparaît complètement de la nouvelle adaptation, comme déjà la précédente. Au lieu du personnage « intranquille » de Tobey Maguire (expression d’Hélène Valmary, spécialiste des super-héros au cinéma), les nouveaux Spider-Man ont tendance à se typifier. En témoignent les nombreuses séquences au lycée, qui reprennent tous les topoï de ce lieu archétypal : les casiers, la salle de classe, les discussions dans les couloirs, le bal de promo… Un endroit rassurant, normalisé, où ne peut se pratiquer le délicat exercice d’introspection.
Voilà donc le paradoxe : un adolescent doté de super-pouvoirs les considère comme tout à fait normaux. L’aboutissement d’une décennie de MCU, qui a fini par rendre ordinaire dans le paysage cinématographique américain l’existence – et surtout le rôle social et politique – des super-héros.
Le nouveau Spider-Man ne se pose donc plus de questions. Et pour cause : plus personne ne conteste ses principes. Ben disparu et May (Marisa Tomei) rajeunie perdant son rôle de sage grand-mère, Peter Parker ne peut plus compter sur des figures tutélaires pour lui enseigner à diriger et estimer ses actions ; et il ne faut certainement pas compter sur Tony Stark (Robert Downey Jr), anti-figure paternelle, ou sa petite amie Liz, qui, à la différence de Mary-Jane, ne force pas le héros dans ses retranchements.
Encore plus flagrant : encombré de gadgets technologiques (lance-toile, costume connecté), Peter se déconnecte de son propre corps. Au contraire de Tobey Maguire, dont le corps en pleine métamorphose sécrétait de lui-même les toiles d’araignée, ce qui l’amenait nécessairement à évaluer ses pouvoirs, Tom Holland ne devient rien d’autre qu’une machine, certes comique, mais une machine tout de même, qui exécute parfaitement les ordres.
Quant au villain du film, le Vautour (Michael Keaton), lui non plus ne se pose plus autant de questions que les Bouffon Vert, Octopus et autre Sandman. Pourtant, son propos découle d’un réel problème social : dépossédé de son travail par Tony Stark, il décide de se venger avec ses employés par la vente d’armes. Un vrai discours de frustration sociale et d’égalité politique, que le récit balaye en un instant. Car dans la « coolitude » du MCU, il n’est plus de place pour une discussion politique de la société des super-héros.

 


Fiche du film


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