Dora ou les névroses sexuelles de nos parents


Dora ou les névroses sexuelles de nos parents

Un film de Stina Werenfels

Avec Victoria Schulz, Lars Eidinger

Dans une société dite libérée sexuellement, il est encore toujours difficile, voire impossible, de montrer l’amour chez une personne handicapée mentale.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Ultime tabou

Il fallait sans doute un film allemand pour s’attaquer à l’ultime tabou, celui du handicap mental lorsqu’il s’accompagne de la sexualité. En effet, nous sommes habitués maintenant aux scènes souvent même très hot dans les films grands publics. Mais il fallait une certaine dose de courage pour montrer la vie de Dora, handicapée mentale, qui veut vivre jusqu’au bout sa sexualité sans tabou et sans complexe. D’où le charme un peu vénéneux de ce petit film qui joue à la fois sur la provocation et la liberté. C’est en sortant d’une pièce de théâtre que la réalisatrice, Stina Werenfels, a eu l’idée de l’adapter à l’écran, comme elle le confie au dossier de presse : « Quand j’ai vu, en 2003, la première représentation de la pièce Les névroses sexuelles de nos parents de Lukas Bärfuss, j’ai été sous le coup de l’ambivalence que cette soirée au théâtre avait provoquée en moi. Sans cesse, je suis revenue à cette question : qu’est-ce qui est moralement juste et qu’est-ce qui est faux ? Depuis, ces questions n’ont pas arrêté d’occuper mon esprit. Et elles ont conduit à ce film. »
 


La place des handicapés dans la société

C’est en fait un film qui ne traite pas seulement de la sexualité du point de vue des handicapés. On le dit et le redit sans cesse, il faut laisser plus de place aux handicapés dans notre société et, bien sûr, personne n’y est farouchement opposé. Il se trouve que lorsqu’on se trouve face à la réalité d’une relation entre deux personnes et que l’avenir entre en jeu, les points de vue changent et ce qui pourrait apparaître pour des gens dits « normaux » une amourette ou un amour très sérieux, prend dans le cas d’une union hors norme des proportions qui renvoient complètement à la vie du monde et de la société. D’où bien sûr ce sous-titre ironique, Les névroses sexuelles de nos parents, car ils s’inquiètent pour tout, prouvant par là que, malgré discours, livres, films, etc. la sexualité reste le continent noir des relations entre un homme et une femme.
 



Une belle histoire d’amour


Cette histoire d’amour entre une handicapée mentale et un homme bouleverse à tous les points de vue car elle est bien la preuve que la soi-disant liberté de la société actuelle est un leurre qui se base souvent sur de l’hypocrisie ou de la bien-pensance qui ne coûtent rien tant que l’enjeu n’est pas primordial. En effet, les déclarations bien intentionnées en faveur de l’autonomie et de l’égalité des handicapés prennent la plupart du temps fin : la progéniture de personnes handicapées n’est pas souhaitée, même dans les sociétés libérales. Les arguments sont légion : le bien de l’enfant pas encore né, l’impotence de la future mère, les résistances des grands-parents qui doivent envisager la possibilité de devoir élever un enfant handicapé de plus. Ou les coûts qu’engendrent de tels enfants pour la société. Malgré tout cela, des femmes handicapées donnent naissance à des enfants. « D’un point de vue moral, déclare la réalisatrice, jamais nous n’avons été aussi libres qu’aujourd’hui. Libres des autorités tels que l’étaient autrefois l’Église et l’État. Mais plus j’ai travaillé sur Dora, plus j’ai reconnu le visage de nouvelles instances morales qui se dessinent à l’horizon : celles de la médecine et de l’économie. » Dora est donc un film indispensable parce qu’il va au-delà du handicap mental, il remet en cause notre manière de voir le monde, de le vivre, et il tente d’expliciter, entre autres, les relations mère-fille, homme-femme, et va beaucoup plus loin dans la critique sociale.
 
 


Fiche du film


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