Tombé du ciel


Tombé du ciel

Un film de Wissam Charaf

Avec Raed Yassin, Rodrigue Sleiman

Réflexion fantomatique sur la guerre civile du Liban, le film est original mais manque un peu de substance.

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Après quatre court métrages et un documentaire, le cinéaste franco-libanais, Wissam Charaf, nous offre son premier long-métrage de fiction, plutôt court pour un long, et plutôt long pour un court (70 min.). Nous sommes donc dans un entre-deux volontaire puisque ce film, au nom éloquent de Tombé du ciel, replonge le spectateur dans la guerre civile qui a longtemps ravagé le Liban. Comme si cette plaie ne s’était jamais refermée, le réalisateur revient sur ce traumatisme qui a marqué sa génération née pendant ou au tout début de cette guerre civile qui a fait plus de 200.000 morts.

Qui est tombé du ciel ?
Non pas une bombe, mais un revenant, Samir, ancien milicien déclaré mort, qui revient dans la vie de son frère Omar, devenu garde du corps à Beyrouth. Mais cette résurrection fait l’effet d’une bombe dans la vie d’un homme au regard d’enfant, et au corps de colosse oriental, intégré nolens volens à la vie beyrouthine. Le film commence d’ailleurs sur un plan montrant un homme, ce même Samir, avançant péniblement dans une neige molle et qui se retrouve dans les rues de Beyrouth, ramassé comme un détritus par des hommes de la voierie puis jeté devant la boîte de nuit où travaille son frère, qui va finir par le reconnaître après l’avoir frappé.

Un conte oriental
Le film commence donc comme un conte oriental, avec de très belles images qu’il conservera jusqu’au bout, en format carré (1.33) ; esthétique choisie par le réalisateur car elle donne aux images plus de réalité, plus de crudité, voire de cruauté. Il s’agit alors d’une histoire qui va naviguer sans cesse entre fiction et réalité, comme un pastiche des films de genre avec des revenants car Samir, à bien des égards, se comporte comme un fantôme revenu pour hanter la conscience de son frère, trop bien intégré dans un Liban qui n’a pas fini de se battre contre ses démons. Wissam Charaf trouve les mots exacts pour définir l’état du pays et de sa capitale : « Le film nous installe précisément dans cette zone volcanique qu’est le Liban d’aujourd’hui. Beyrouth, c’est une zone indécise, cette ville ressemble à un asile de fous à ciel ouvert. C’est comme une belle fille un peu cinglée qu’on a envie d’aimer mais dont on a peur qu’elle pète un câble un matin, sans prévenir. » Quant à nous, nous sommes prévenus, cette métaphore fait parfaitement comprendre la situation de tous ces pays du Proche-Orient qui ont basculé, ou vont basculer, dans une guerre civile qui ne dit pas son nom.

Un drame burlesque
Il n’empêche que son film est parfois drôle, souvent volontairement burlesque, avec des images surréalistes qui continuent d’entretenir cette sensation d’irréalité dans laquelle les personnages sont particulièrement bien dirigés de manière sobre, contrairement à certains autres films libanais qui mettent plus l’accent sur le pathos. Film sur l’errance entre deux mondes, un peu inabouti, ou qui aurait mérité peut-être un traitement différent, Tombé du ciel ne laisse pourtant pas indifférent et promet de beaux lendemains au réalisateur s’il continue dans cette veine tragi-comique qui semble lui convenir. Entre comique de situation, gags et images inattendues, Wissam Charaf navigue en donnant l’impression, comme ses personnages, de ne pas savoir où il veut accoster. On y retrouve parfois l’humour vulgaire et provocant des premiers films d’Almodovar au moment de la Movida, comme s’il fallait installer la liberté durement acquise dans l’outrance des images et des mots. C’est sans doute en harmonie avec la situation actuelle au Liban, mais son style s’étoffera sûrement comme si ce premier long-métrage était un galop d’essai. « Ce sont des blagues qui peuvent aller du vulgaire (un rot ou un vomissement) à un comique de situation (un homme dans un salon de pédicure) jusqu’à une citation d’un film de João Cesar Monteiro (Antigone with the wind) ou encore l’absurdité d’un vendeur de voitures qui apprend l’allemand en lisant Mein Kampf. »


Fiche du film