Five Star Final (Mervyn LeRoy, 1931)


Five Star Final (Mervyn LeRoy, 1931)

Un film de Mervyn LeRoy

Avec Edward G. Robinson, Marian Marsh, H.B. Warner, Anthony Bushell, George E. Stone

Une œuvre sombre et cinglante sur la presse à sensation.

Article de Justin Kwedi



Five Star Final constitue l'une des charges les plus cinglantes envers la presse à scandale et les tabloids. Sa noirceur marque durablement. Le film est adapté de la pièce de théâtre éponyme à succès jouée à Broadway et écrite par Louis Weitzenkorn, inspirée de sa propre expérience au sein du New York Evening Graphic, fameux tabloid des années 1920 dont il fut un temps le rédacteur en chef. Dès lors le film, à travers les écarts les plus abjects de ses protagonistes, se verra doté d'une sorte de cynisme pragmatique faisant froid dans le dos, un constat réaliste désespéré plus qu'une satire. Se déroulant sur une courte période de deux jours, le récit est celui d'une mise à mort annoncée et publique, une corrida médiatique dont une innocente sera la victime. Face à son tirage déclinant, le rédacteur en chef du journal Joseph Randall (Edward G. Robinson) décide de faire du neuf avec du vieux en déterrant un faits divers s'étant déroulé vingt ans plus tôt. La secrétaire Nancy Voorhees (Frances Starr) avait ainsi tué son patron qui l'avait séduite, mise enceinte et refusé de l'épouser. Acquittée en raison de son état, Nancy a depuis refait sa vie avec un homme ayant accepté d'adopter sa fille Nancy (Marian Marsh) qui ignore tout de ce passé et s'apprête à épouser le fils d'un riche industriel. Toute cette existence paisible retrouvée va alors voler en éclats sur l'autel du sensationnel où LeRoy s'attarde surtout sur l'absence d'états d'âme de la rédaction.

 
 

Le choix est de ne pas représenter et fustiger les lecteurs, mais surtout les dirigeants du journal pour lesquels ils ne représentent que des chiffres de tirage à faire fructifier par les « informations » les plus crapoteuses possibles. Les dommages collatéraux sont tout aussi abstraits pour eux, la malheureuse Nancy ne représentant qu'une proie de plus qu'ils vont s'employer à dépecer en s'introduisant dans son quotidien pour mieux l'exposer au grand jour en rompant l'anonymat tranquille dans lequel elle vivait. Lorsque cette réalité s'invite à eux et est susceptible d'éveiller leur culpabilité, ils la fuient à l'image de ce terrible split screen où Nancy tente en vain de joindre au téléphone les dirigeants du journal afin de les supplier de la laisser en paix. Tous les personnages sont absolument ignobles, chacun dans un registre bien spécifique : le cynisme le plus prononcé avec Hinchecliffe (Oscar Apfel) se drapant de morale préventive pour briser une vie, le répugnant et manipulateur Isopod (Boris Karloff). Joseph Randall est sans doute le plus coupable de tous car le plus conscient du mal qu'il fait (constamment culpabilisé par la conscience incarnée par sa secrétaire que joue Alin McMahon), s'abaissant à une dernière atrocité (publier des photos de morts) avant de lâcher prise et vaciller face aux conséquences de ses actes.

Edward G. Robinson rend magnifiquement la complexité d'un homme ayant fini de se bercer d'illusions sur le vrai journalisme, et prêt à aller plus loin que les plus sinistres vautours qui l'entourent. Le final lui accorde un semblant de seconde chance mais l'on a du mal à être dupé par cette astuce qui évite au film de se conclure sur une note désespérée. Frances Starr est magnifique de vulnérabilité résignée, et résoudra son dilemme de la plus injuste façon avec son époux (H. B. Warner tout aussi poignant et dont la dernière scène est terrible). Les conséquences sur les lecteurs et l'entourage subsistent également au niveau intime avec la réaction outrée des beaux-parents nantis de Jenny, plus gênés des répercussions mondaines que de la détresse de la jeune fille. Là aussi la noirceur totale attendue est évitée de justesse lors de la confrontation finale. La dernière image résume parfaitement le caractère éphémère, immonde et vain qui a animé l'ensemble lorsque le journal et son contenu ayant causé tant de drames est le soir même balayé et recouvert de boue dans un caniveau. Tout cela n’était destiné qu’à faire sensation dans l'édition du soir ; à celle du lendemain un autre scandale.


Fiche du film


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