Neverland (Finding Neverland)




Un homme resté en enfance qui fait de ses rêves une histoire qu’il mettra en scène sur les planches d’un théâtre, voilà qui rappelle résolument le Big Fish de Tim Burton, dont le protagoniste transforme sa vie en une aventure romancée, ludique et rocambolesque. Neverland (Finding Neverland) atteindrait-il la même intensité ? La réponse est sans équivoque : le film de Marc Forster se révèle très décevant.

L’intrigue à certes le bon goût d’éviter une improbable love story. Certains passages sont plutôt poétiques et attendrissants, mis en valeur par de très beaux décors et des mouvements de caméra maîtrisés. Le personnage central, l’écrivain bon et humain, est assez attachant, campé par un excellent J. Deep. Les enfants eux aussi parviennent à convaincre

Mais le scénario est malheureusement trop convenu, laissant voir venir de très loin le larmoyant mélodrame. A trop vouloir tirer sur les ficelles du pathos, certaines séquences sont absolument pathétiques : la scène de la pièce de théâtre jouée à domicile, vers la fin du film, ou encore celle du cerf volant, au début du film cette fois-ci. On aurait éventuellement pu pardonner au film de Forster ces fréquents égarements s’ils ne se produisaient pas lors des moments charnières de l’intrigue. A chaque fois que la finesse est requise, le réalisateur sort les gros sabots et gâche lui-même l’intensité dramatique de son film.

Les personnages secondaires sont en outre risibles, que ce soit la grand-mère, la femme de l’écrivain ou le personnage joué par Kate Winslet, assez insupportable. Les acteurs font leur possible, mais ils sont desservis par des dialogues sans âme, sans authenticité, destinés à émouvoir en premier lieu.

Ce qui gêne surtout dans Neverland, c’est le manque de profondeur du film. On aurait aimé que le cinéaste ne se borne pas à montrer son protagoniste comme quelqu’un d’attachant. Le portrait de cet écrivain est à l’image de l’intrigue : superficiel. On aurait voulu voir la part d’ombre qu’il porte, ses faiblesses, ses doutes, ses errements. Le film s’attaque à un thème très apprécié au cinéma, celui de la création artistique. Toute la difficulté est de trouver un bon équilibre entre passages purement narratifs et passages plus descriptifs, ces derniers étant nécessaires pour donner un minimum de relief au portrait dressé, présentant par exemple la psychologie de l’artiste, les moteurs du processus de création qui s’enclenche,…

L’écrivain de Neverland nous est somme toute sympathique, mais il ne suscite ni l’admiration, ni l’émotion. Il nous est étranger car aucune possibilité ne nous est donnée de comprendre sa personnalité et son fonctionnement. Certes, on ne demandait pas à Neverland de dresser un portrait poussé et ambitieux de son personnage principal. On se doutait qu’il s’agissait là d’un film plus commercial que réflexif. Mais la dimension psychologique et descriptive du protagoniste se résume au néant absolu.

Au final donc, de très bonnes choses sur la forme, le zéro pointé sur le fond. Neverland est un film profondément lisse et superficiel, soutenu par des émotions vraiment faciles. Dans son aspect de pur divertissement, il n’est pas forcément raté, mais vu le thème traité, on s’attendait à mieux, beaucoup mieux que cette pseudo fable qui sent Hollywood et ses bons sentiments à plein nez.


Fiche du film


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