Les Secrets des autres


Les Secrets des autres

Un film de Patrick Wang

Avec Wendy Moniz, Trevor St. John, Oona Laurence, Jeremy Shinder, Jessica Pimentel

Réunion de famille et réalisateur qui s’affirme.

Article de Mickaël Pierson 2 étoiles



Fin 2014, on découvrait In the family (2011), émouvante et malhabile chronique familiale sur fond de deuil et d’homoparentalité. On rattrape peu à peu notre retard avec la sortie du second film de Patrick Wang, adapté du roman de Leah Hager Cohen, The Grief of others (2011, inédit en français). C’est à nouveau un deuil qui rend dysfonctionnelle une famille : un deuil étouffé qui exsude de partout et qu’un événement inattendu va remettre au premier plan. Le mal qui est fait vient, cette fois, de l’intérieur, des non-dits qui habitent cette famille lambda : un couple qui s’isole dans le travail pour ne pas affronter la perte, un ado auquel ses camarades font payer son mal-être et une enfant qui compense la dérive familiale par d’étranges rituels. La solitude de chacun est rendue par un isolement visible dans le plan, mais aussi par un déportement des discussions. Même lorsqu’il y a échange entre les personnages, ou du moins tentative d’échange, ceux-ci restent séparés : les conversations ont lieu au téléphone, depuis des pièces différentes et les moments de repas ne respirent pas franchement l’entente et la convivialité.
 
Le film déploie une structure gigogne éclatée entre les errements de chacun des personnages autant qu’entre le présent et le passé. Les flashbacks sont cette fois plus utiles et mieux intégrés que dans In the family. Il y a surtout un réel travail de forme. Plutôt que de dissimuler l’artificialité du dispositif, celle-ci est soulignée. Les flashbacks apparaissent ainsi graduellement soit par le biais d’une ancienne conversation qui s’incruste dans le présent, soit par une surimpression d’image. Progressivement, les événements passés se referment sur les personnages. C’est, la plupart du temps, un espace particulier qui est le déclencheur et le lien entre le présent et le souvenir : l’arrivée dans une pièce de la maison avive une plaie mal refermée et submerge le personnage, le souvenir venant alors littéralement recouvrir l’image. Si les premiers flashbacks semblent maladroits (trop brefs, ils n’ont guère le temps de s’installer réellement), le réalisateur apprivoise peu à peu le procédé pour faire de l’artifice l’une des forces du film. Dans le même esprit, l’effet final – qu’on se gardera de dévoiler – aussi simple soit-il (mais que finalement pas grande monde n’emploie), est un moyen habile de montrer une résolution (la ré-union de la famille) aussi nécessaire qu’attendue.

 

 
Débarrassé des scories de son premier film, le réalisateur parvient à donner de la consistance et de l’ampleur à de banales petites et grandes peines. On s’approche par moment du talent d’un Matt Porterfield (Putty Hill, 2011 ; I used to be darker, 2013) qui n’aime rien tant que filmer l’espace entre les personnages, l’impalpable vide qui vient ceindre les liens. L’extrême justesse de certains moments, la grande beauté de la scène finale et, finalement, une réelle confiance dans les possibilités du cinéma et de la construction de l’image rendent Les Secrets des autres assez touchants et font de Patrick Wang un nom à suivre.


Fiche du film


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