Félix et Meira


Félix et Meira

Un film de Maxime Giroux

Avec Hadas Yaron, Martin Dubreuil

Dans un clair-obscur intimiste, "Félix et Meira" retrace l'éclosion d'un amour entre deux personnes que tout oppose.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Jeune Québécois de Montréal, Maxime Giroux est le réalisateur d’une centaine de clips dont un du chanteur Corneille, Parce qu’on vient de loin, récompensé au NRJ Music Awards de Cannes. Il est aussi réalisateur de deux longs métrages, Demain  (2008) et Jo pour Jonathan (2010), récompensé dans de nombreux festivals, dont celui de Locarno. C’est dire si Maxime Giroux est une preuve vivante, s’il en est besoin, de l’extrême vitalité du cinéma québécois. Sa dernière réalisation est un film « sur le courage de vivre en accord avec soi » ainsi qu’il le dit lui-même, et c’est une merveille. Déjà, au niveau de l’image et de la lumière, il faut rendre hommage à Sara Mishara à la caméra et à Louisa Schabas pour la direction artistique. En effet, le rendu à la fois intimiste et légèrement sépia de l’image et des décors donnent encore plus de force à ce film qui ressemble à la traversée d’un secret. Habitué à ce genre de démarche qui consiste à faire des films sur des gens qu’il ne connaît pas pour mieux les approcher, ainsi qu’il le fit pour Jo pour Jonathan qui raconte les relations de deux frères dans le monde des bagnoles, Maxime Giroux s’est débrouillé pour entrer enfin dans la communauté hassidique du quartier Mile End de Montréal près d’Outremont qui est l’une des plus grandes communautés ultra-orthodoxes juives du monde, après Jérusalem et New York, si bien qu’on l’avait appelé au début du XXe siècle la Petite Jérusalem. Comment faire pour pénétrer ce milieu ultra fermé quand on n’en fait pas partie, et surtout quand on veut en faire un film ?

Maxime Giroux raconte qu’il a parcouru le quartier, qui est du reste celui de son enfance, à bicyclette, tentant de pénétrer dans les synagogues, fréquentant les mêmes rues et les mêmes pâtisseries, jusqu’à entrer en contact avec des hommes hassidiques qui le surprennent par leur sens de l’humour et de la fête et qui, en même temps, sont pleins d’une force spirituelle dont notre monde occidental semble bien dépourvu. C’est ce contraste qui lui a donc donné l’idée de faire se rencontrer deux personnes qui auraient dû rester étrangères et qui, pourtant, vont finir par « tomber en amour », comme on dit au Québec. Félix, héritier désenchanté qui partage la fortune du père avec une sœur un peu absente, et Meira, lumineuse et sensible jeune épouse hassidique vouée à une vie pleine d’interdictions. Leur rencontre n’est que le fruit du hasard, dans un salon de thé pendant que Meira aide sa petite fille à dessiner, et va se poursuivre jusqu’à leur fuite à Venise en passant par Brooklyn. Tout en demi-teintes, le film avance avec une grande délicatesse sur le terrain des sentiments et nous montre comment naît et se consolide un amour entre deux personnes qu’en fait tout oppose. A noter que le film n’est nullement manichéen puisqu’il ne fait pas du mari hassidique un horrible tyran, ni de sa femme une pasionaria excitée. Le charme du film vient à la fois de sa mise en scène et du calme avec lequel les choses se déroulent, comme un lent fleuve qui emporte tout sur son passage, en détruisant pour mieux recréer. « Sans compter, déclare le réalisateur dans le dossier de presse, qu’une vie vécue dans la religion depuis l’enfance, ça ne s’efface pas du jour au lendemain. […] Je voulais mettre en relief d’un côté une société avec trop de repères, trop de règles et, de l’autre, une société gâtée, libre, qui est paradoxalement complètement désorientée. »


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Fiche du film


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