Angélique


Angélique

Un film de Ariel Zeitoun

Avec Nora Arnezeder, Gérard Lanvin, Tomer Sisley, David Kross, Simon Abkarian, Mathieu Boujenah

Angélique se refait une virginité

Article de Marion Roset 1 étoile



Après avoir séduit plusieurs générations en cinquante ans via des centaines de rediffusions télévisuelles, Angélique est bien décidée à faire la conquête des salles de cinéma avec, cette fois-ci, l’aval d’Anne Golon, sa créatrice, qui n’avait pas été convaincue par la première adaptation signée Bernard Borderie en 1964. Que les nostalgiques se rassurent, l’essentiel est toujours là : Angélique de Sancé (Nora Arnezeder), belle et rebelle, est mariée de force à Joffrey de Peyrac (Gérard Lanvin), balafré et boiteux, alors qu’elle est amoureuse de son cousin, le marquis de Plessis-Bellière (Tomer Sisley, avec une perruque). Après des débuts difficiles, Angélique et Joffrey filent le parfait amour jusqu’à ce qu’un complot, des jalousies et surtout un procès en sorcellerie ne fassent basculer leur destin à tout jamais.

Regarder la saga Angélique à la télévision, c’était un peu comme regarder Sissi chaque veille de Noël en mangeant des chocolats : un plaisir coupable. Les jeunes filles rêvaient de vivre ses aventures et les adolescents éprouvaient leurs premiers émois devant ses décolletés plongeants. Alors quand on apprend qu’Angélique va vamper le grand écran, notre âme de midinette se réveille et se prend à rêver : du kitsch flamboyant s’épanouissant sur quatre mètres par vingt-sept, de la poussière soulevée par le galop des chevaux, la cour emplumée de Louis XIV, le cliquetis des épées qui se croisent. Un film qui n’aurait d’autre prétention que notre divertissement, comme Cartouche (Philippe de Broca, 1962) en son temps.

 


Mais Ariel Zeitoun n’est pas homme à se satisfaire d’un simple spectacle, non. A grand écran, grands enjeux. Le réalisateur de Bimboland (1998) est en réalité un homme qui a des choses à dire et qui n’a pas peur de les dire, un cinéaste prêt à faire tourner Matthieu Kassovitz étant de toute évidence un homme qui n’a peur de rien ! Les froufrous ne sont qu’écran de fumée et diversion car, en réalité, Angélique est un film porteur de messages forts. Oui, version 2013, Angélique est une Femen qu’on se le dise ! Si elle se sert parfois de ses charmes, c’est avant tout pour défendre sa cause et celle de son mari. Au placard la naïve Michèle Mercier, sa version 2.0 est une femme de caractère qui met des pantalons et qui ne recule même pas devant les rats d’égout afin de voler au secours de Joffrey, demoiselle en détresse condamnée au bûcher pour sorcellerie. Angélique est un brûlot féministe certes, mais pas que.

Face à la montée des communautarismes et des intégrismes, le film se lance dans un vibrant plaidoyer en faveur de la tolérance. A travers les subtiles joutes oratoires entre Joffrey, lecteur de Copernic et Galilée et l’archevêque de Toulouse, il se place courageusement au côté de la science dans son combat contre l’ignorance. Mais ce n’est qu’une entrée dans cette œuvre polysémique : les forces du bien et du mal, l’éphémère illusion du pouvoir, les naissances et les renaissances, autant de thèmes abordés d’une manière si fine qu’ils sont presque impossibles à dépister !

 


Le moins que l’on puisse dire c’est que la réalisation est à la hauteur du scénario, ce qui a le mérite de créer une cohérence. D’un plan à l’autre, le film alterne plans fixes et plans en état d’ébriété, éclairés pour les scènes intérieures et les scènes nocturnes à la lueur des torches, ce qui fait relativiser la notion de mise au point. Mais le plus grand mystère réside dans les plans de coupe, détail s’il en est mais l’ennui pousse à faire des choses étranges comme repérer les figurants désorientés, la colle à perruque qui dépasse et les plans de coupe. Les tournages en Autriche et en République Tchèque c’est bien, pour montrer la France, ça l’est moins. En effet, les plans sur les châteaux et autres paysages hexagonaux semblent provenir d’une autre source, car d’une qualité différente, peut-être du Tour de France ou de la collection Découverte du Monde.

Durant les deux heures que dure le film, on navigue à vue entre une production Josée Dayan (ah le doublage des acteurs étrangers !), L’Homme au Masque de fer (une cour très crédible) et le téléfilm érotique de M6 (la nuit de noce est un grand moment). Et tout ça n’est qu’un début puisque le dernier carton nous annonce la fin de la première partie. Tout ça dépendant du succès de cette première partie. On dit ça, on dit rien…
 


Fiche du film