Un air de famille



Un air de… déjà vu ? Oui, c’est certain ! Le scénario a été écrit par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, le film est un quasi huis clos d’1h30 appuyé par une mise en scène très théâtrale (et pour cause, il s'agit d'adaptations de pièces de théâtre), et l’affiche est partagée par Jaoui, Bacri, et J.P. Daroussin. On pense donc tout de suite à Cuisine et dépendances, le premier film du duo Jaoui – Bacri en tant que scénaristes.

Cuisine et dépendances était réalisé par Philippe Muyl. Derrière la caméra d’Un air de famille, on retrouve Cédric Klapisch. Mais finalement, ces deux-là semblent être relégués au rang de simples « ouvriers », puisque les deux films ont en commun de porter la « patte » Jaoui – Bacri, caractérisée par un scénario brillant mettant en scène des personnages très bien cernés. Les dialogues sont d’excellente facture, donnant beaucoup de rythme au récit. Le ton des deux films est très proche, jouant sur plusieurs genres : la comédie sentimentale, la comédie plus dramatique, l’étude de mœurs, la comédie satirique.

Un air de famille réunit six personnages dans un bar de province. Il y a là une mère de famille sophistiquée, aussi protectrice qu’acariâtre. Autour d’elle, ses enfants. Henry, le patron du bar, est le rebus de la famille ; homme complexé, aigri, traumatisé par l’image de son père et finalement terriblement malheureux, son portrait est dressé avec beaucoup de tendresse. Philippe, au contraire, est sûr de lui, autoritaire et narcissique ; il a réussi sa vie professionnelle et son mariage, en apparence, se porte bien. Mais il est la figure du parvenu arrogant, se complaisant dans une médiocrité bourgeoise que les scénaristes égratignent allégrement. Betty, enfin, est écorchée vive, forte et fragile tout à la fois ; désabusée, déçue par la vie, ses réactions sont souvent violentes et impulsives, nous dévoilant un personnage à fleur de peau. Elle est cependant capable d’énoncer des vérités certes difficiles à entendre, mais peut-être salvatrices. Deux autres personnages viennent compléter ce tableau de famille. Yolande, la femme de Philippe, cruche et gaffeuse, gentille mais niaise ; et Denis, l’employé d’Henry et l’amant (secret) de Betty.

Bien sûr ce mélange de caractères se révèle explosif. Tous les sujets de discussion vont prêter à la dispute. Les allusions au début sournoises et indirectes font place à de franches explications de texte. L’ambiance devient délicieusement délétère, et les simples disputes (que l’on pressent fréquentes au sein cette famille) se transforment parfois en véritables pugilats.

Un air de famille est une satire alerte et pétillante, férocement drôle, et virant parfois au cynisme. Mais le film sait aussi être touchant et dit des choses très justes. Jaoui et Bacri font partie des grands observateurs de notre société et des comportements humains. Ils avaient laissé percevoir cette qualité dans Cuisine et dépendances et aussi (mais dans une moindre mesure) dans Smoking / No smoking d’Alain Resnais. Un air de famille en est une autre confirmation. A travers les portraits de ces personnes qui souvent jugent et critiquent leurs proches sans vouloir être jugées et critiquées en retour, enfermées dans des problèmes personnels qui les empêchent d’être à l’écoute des autres, les scénaristes mettent en lumière nombre de nos petits défauts. Leurs personnages, criants de vérité, ne sont que les reflets de nos propres comportements. On rit jaune, car bien hypocrite est celui qui ne se sentira pas concerné…


Fiche du film


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