Les Petits princes

Les Petits princes

Un film de Vianney Lebasque

Avec Paul Bartel, Reda Kateb, Eddy Mitchell


Le récit d'un gamin de 16 ans, surdoué du foot qui refuse que ses rêves soient brisés par la réalité d'une malformation cardiaque. Les sens s’éveillent à peine, mais l’heure des choix vient déjà.


Article de Kim Berdot 3 étoiles


Jean-Baptiste est un adolescent surdoué, son don est celui du ballon rond. Repéré grâce à une vidéo de ses exploits, il est sur le point de partir tenter sa chance dans un centre de formation (cellule spécialisée dont tous les clubs de football professionnels sont dotés, destinée à faire grandir les pépites qu’ils ont détectées). Mais il apprend qu’il est victime d’une malformation cardiaque lui interdisant de fait toute pratique du sport à haut niveau. Notre Petit prince, déchu avant même son couronnement, refuse pourtant cette fatalité, falsifie son certificat médical et part à la conquête de ses rêves.

On dit souvent que le football n’est que le reflet de la société, et il faut remercier Les Petits princes d'en donner la preuve. On est loin de Shaolin Soccer (Stephen Chow, 2001), Joue-la comme Beckam (Gurinder Chadha, 2002) ou autres niaiseries contemporaines comme Les Seigneurs (Olivier Dahan, 2012). Loin également des métrages idolâtriques à la Zidane, portrait du XXIe siècle (Douglas Gordon et Philippe Parreno, 2006) ou à la Maradona (Emir Kusturica, 2008), destinés aux fans en premier lieu. Et loin enfin d’un Looking for Eric (2009), le tendre et poétique récit de Ken Loach, ancré dans la réalité sociale du Manchester contemporain.

 

 
Les Petits princes parle de foot mais n’est pas un film sur le foot. Il raconte l’histoire d’un petit mec seul face aux autres, et surtout face à lui-même. Forme de mise en abyme, le centre de formation devient un monde dans le monde. La dialectique qui s’opère est tristement banale. Il y est question de la place de l’individu dans un collectif, et de la force mentale qu’il faut déployer pour s’en extraire et réussir à s’affirmer : jusqu’à quel point peut-on décider de son destin ? Dans quelle mesure les règles de la collectivité et du collectif représentent-elles une force coercitive à laquelle on est obligé de se soumettre ? La seule différence avec la « vraie » vie, c’est que tout va plus vite, tout est démultiplié, comme s’il s’agissait d’un apprentissage en accéléré. Sauf que les protagonistes ont 16 ans à tout casser…

Lorsque Jean-Baptiste débarque au centre de formation, il n’est rien parmi ces aspirants princes. Il est « JB », surnommé Jambon-Beurre. Il lui faut apprendre à vivre sans ses parents et à dompter les règles du centre, à en comprendre ses codes et à les utiliser à bon escient. La vie de groupe est parfois opprimante, mais le cadre fixé par ses règles donne du sens et des repères. La question de l’individualité est centrale : il faut savoir vivre « pour soi », « avec les autres ». Son entraîneur lui rappelle d’ailleurs ceci : « N’oublie jamais que le football est un sport collectif. Moi, j’ai échoué car je n’avais pas compris ce que je viens de te dire, je n’avais pas compris ». Pourtant, les scènes sur le terrain de football sont centrées sur le protagoniste, avec force regards subjectifs, et les partenaires ne constituent qu’un relais à l’expression individuelle glorifiée. Comme pour signifier que in fine, quelle que soit la situation, quel que soit le collectif (la collectivité) dans lequel on évolue, la survie est une question profondément individuelle. Parce que le choix de « faire » ou de « ne pas faire », d’ « y aller » ou de « ne pas y aller » (en l’occurrence : forcer les portes du sport de haut niveau malgré une malformation cardiaque) ne doit être dicté que par sa propre volonté. C’est comme cela que se construisent les champions, c’est comme cela que se construisent les hommes.

 

 
 
On ressent tout au long du récit beaucoup de tendresse envers Jean-Baptiste, cet ado très attachant, taiseux et courageux, bercé par ses rêves, réagissant parfois avec excès malgré son caractère introverti. On découvre aussi les autres petits princes du centre de formation. Eux aussi apprennent à devenir des footballeurs professionnels en même temps que des hommes. Car il n’y a pas que le centre de formation, il y a aussi les choses de la vie courante : le rapport avec les autres (et avec une autorité différente que l’autorité parentale), les copains, et les filles bien sûr. Ce qui nous vaut pas mal de situations cocasses, bien mises en scène et servies par des dialogues très drôles. La caméra quant à elle reste calme, posée, presque intériorisée, portant un regard pudique sur le drame qui se joue mais se mettant parfois en mouvement l’espace de soudaines montées d’adrénaline.
 
Malgré quelques petites facilités scénaristiques et une légère tendance (sur la fin en particulier) à tomber dans le piège du pathos, Les Petits princes reste un très beau film. Le réalisme avec lequel il nous décrit les centres de formation n’est pas une qualité en soi. Il s’agit simplement d’une condition nécessaire pour dresser au plus juste le portrait de JB, cet ado de 16 ans aux rêves plein la tête et prêt pour cela à beaucoup de sacrifices et de bêtises. Les sens s’éveillent à peine, mais l’heure des choix vient déjà.
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