La principale habileté du film : brasser des personnages de milieux différents, ce qui lui permet de densifier son scénario et d’évacuer les interprétations hâtives – ainsi, concentrer le film sur Fayza aurait laissé entendre que le harcèlement sexuel concerne avant tout les couches populaires. En revanche, les maladresses du film sont légion : d’abord les grosses ficelles d’un scénario par trop prévisible, ainsi que des personnages trop typés, voire stéréotypés (si les trois actrices principales sont convaincantes, on déplore notamment l’évocation superficielle des agresseurs). Le quasi-amateurisme de la mise en scène enfonce le clou. Le pire : le recours à des effets de flous dès qu’il s’agit de conclure une séquence sur un sentiment de désarroi.
Le film certes est courageux et animé de nobles intentions, se suit avec un certain plaisir, et parvient à manier un humour efficace sans désamorcer la gravité des enjeux. Cependant, une fois sorti des limites géographiques et culturelles que ses ambitions militantes lui assignent, il peine à convaincre. Ses maladresses deviennent alors flagrantes, ainsi que sa dette vis-à-vis de sa référence évidente : les films choraux Alejandro González Iñárritu (
Amours chiennes,
Babel…) – à l’aune desquels la copie de Mohamed Diab paraît bien scolaire, et plus artificielle encore que ses modèles.
En fin de compte, l’intérêt du film s’avère plus social que cinématographique. Et Mohamed Diab apparaît davantage comme un témoin engagé, certes estimable, que comme un cinéaste qui se livrerait à une exploration humaine, narrative ou formelle ambitieuse. A ce jeu,
Mafrouza (qui auscultait en 2011 la vie dans un quartier d'Alexandrie) se révèle bien plus stimulant.
Les Femmes du Bus 678 est un film de combat qui s’ancre dans un lieu et un temps étroitement circonscrits : c'est sa force, mais aussi sa limite