A l'ombre de la république


A l'ombre de la république

Un film de Stéphane Mercurio

Documentariste de talent, récompensée par de nombreux prix notamment pour À côté (92 min, 2008, co-écrit avec Anna Zisman), Stéphane Mercurio retourne ici sur les lieux d’enfermement.

Article de Jean-Max Méjean 3 étoiles



Dans À côté, des visiteurs(euses) attendent leur parloir. Dans À l’ombre de la République, la réalisatrice accompagne le récent CGLPL (Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté, créé en 2008) lors de ses visites des lieux de rétention tels que prisons ou hôpitaux psychiatriques. Comme la loi l’y autorise, ce Contrôle peut aussi visiter les commissariats mais, contrairement aux ministères de la Santé et de la Justice qui ont donné leur accord, la caméra de Stéphane Mercurio n’a pu entrer dans un commissariat car le ministère de l’Intérieur s’y est opposé. Mais ce qu’elle montre dans quatre lieux de privation de liberté en France est éloquent : La Maison d’Arrêt de Versailles (prison pour femmes), l’Hôpital psychiatrique de La Navarre à Evreux, le centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse et la Centrale de Saint-Martin-de-Ré. Suite à de nombreuses lettres adressées au Contrôle supervisé par Jean-Marie Delarue, contrôleur général, ancien auditeur au Conseil d’État, maître des requêtes et conseiller d’État, une équipe est diligentée pour rencontrer les prisonniers. Ainsi, à la prison de Versailles (54 personnes détenues pour 76 places, dont 60% de femmes en attente de jugement), il ressort que le directeur a ses favorites et on assiste aux entretiens qui permettent de faire un peu de lumière sur ce dysfonctionnement. Et ce sera partout la même démarche, d’où il ressort que la prison ou l’hôpital psychiatrique, faute de moyens et de formation, ne sont pas des lieux d’accueil ou d’aide, mais des lieux d’enfermement qui peuvent transformer les résidents en fauves, en zombies ou en personnes recluses, suicidaires ou désespérées. D’où le titre sans équivoque de À l’ombre de la République,  constat d’un état de fait qui éclate au grand jour, et avec beaucoup d’émotion, dans l’épisode sur la Centrale de l’île de Ré où la plupart des prisonniers ont pris de lourdes peines voire perpète.

La caméra particulièrement sobre de Stéphane Mercurio arrive à nous offrir des images émouvantes, dans les confrontations de ces prisonniers qui ont tant à dire, tant à confesser, dans l’attente d’une séance de soutien psychologique ou d’un peu d’humanité qui ne vient jamais dans la solitude des prisons. Et les personnes que les visiteurs ont rencontrées, et qui ont bien sûr toutes donné leur autorisation pour être filmées, sont toutes à la fois attachantes et farouchement intelligentes. C’est là le but de ce film qui, à lui seul, porte un œil très critique sur la justice et le mode carcéral français, tente une ébauche de solution, notamment par le biais de ces femmes et hommes de bonne volonté du CGLPL. Et surtout, il libère la parole longtemps contenue de personnes en détention que l'on n’écoute pas, pourtant des humains comme nous à qui nous devons assistance et aide en cas de besoin. La caméra montre ici un monde presque absurde où prisonniers et gardiens se regardent parfois en ennemis, même si un sourire tend à fleurir de temps à autre, ou au moins une marque d’humanité. Pas étonnant que le film ait reçu le soutien de la plupart des organismes humanitaires comme le Secours Catholique, la Cimade, Emmaüs, la Croix Rouge française, etc. Et c’est avec impatience que nous attendons la sortie du court-métrage (11 min.) Avec mon p’tit bouquet, avec Zazie et Xavier Matthieu, sur le séjour en prison d’une femme qui en sortira à la fois victorieuse et vaincue. Encore une manière de demander : prison, où est ta victoire ?



Fiche du film


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