Une Bouteille à la mer


Une Bouteille à la mer

Un film de Thierry Binisti

Avec Agathe Bonitzer, Mahmud Shalaby, Hiam Abbass, Smadi Wolfman

Une bouteille à la mer, deux peuples, un échange, deux regards. Le film franchit le fil barbelé du silence et initie le fil d’une histoire où l’on prend la parole.


Article de Claire Tirard 2 étoiles



Lorsque Thierry Binisti choisit d’adapter le roman de Valérie Zenatti – Une bouteille dans la mer de Gaza – c’est en réalité un état d’esprit, un regard qu’il choisit de faire partager : Israël et la Palestine ne sont pas uniquement des pays en guerre, ce sont des territoires où évoluent des hommes, des femmes, des idées, des vies.  Dans Une Bouteille à la mer, le réalisateur filme et interroge le conflit israélo-palestinien en captant des moments de vie des deux côtés de la frontière. Sans prendre la forme d’une énième docu-fiction sur cette guerre des peuples, le film pose simplement la question du point de vue. Le parti pris est ainsi celui d’un double regard, d’un double questionnement où les deux côtés peuvent s’exprimer.

 


Une bouteille pleine d’espoir

Cette bouteille jetée à la mer initie la trame et la métaphore du film : une communication est possible entre Israéliens et Palestiniens. L’histoire nous plonge dans la vie quotidienne de deux personnages, Tal (Agathe Bonitzer), jeune française de 17 ans installée à Jérusalem avec sa famille et Naïm (Mahmoud Shalaby), jeune homme vivant dans la bande de Gaza. Le premier contact s’effectue lorsque Naïm trouve la bouteille avec le message envoyé par Tal, dans lequel elle souhaite comprendre qui est « l’autre camp ». Pour enclencher la correspondance entre les deux protagonistes, Thierry Binisti choisit l’e-mail. Dans un premier temps, ces messages électroniques sont rédigés en anglais, langue commune aux deux personnages qui peuvent ainsi se comprendre. Puis, c’est le français qui s’installe à la fois comme langage d’échange et comme terrain de neutralité. Le réalisateur retranscrit précisément cette volonté de l’auteur de placer la France comme le troisième personnage du film. Tal est née en France, Naïm, lui, rêve de ce pays qui a vu naître Prévert et choisit d’en apprendre la langue.

Par ailleurs, le réalisateur ne cherche pas à nous livrer un portrait triste et tragique des conditions de vie en temps de guerre, ni même à nous montrer les atrocités humaines qu’elle engendre. Il choisit plutôt de donner à ses personnages une vie qui leur est propre. Les histoires des deux familles ne sont ainsi pas uniquement portées par un contexte politique lourd mais également par un quotidien dans lequel se mêlent fêtes, mariages ou prières.

 


S’approcher pour mieux déchiffrer

Là où certains films sur le sujet cherchent à s’éloigner du conflit et à prendre du recul pour « expliquer » la situation, Une Bouteille à la mer choisit de zoomer, de s’immiscer dans la vie quotidienne de ces familles en s’introduisant dans leurs maisons, dans leur intimité. Le spectateur est quasiment invité à prendre part aux festivités, aux repas de familles, mais aussi aux attaques et à la peur d’être tué. Cette immersion totale permet de voir et de comprendre le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui évoluent de part et d’autre des barbelés. Par un audacieux choix d’images, le film nous fait partager des scènes tantôt choquantes et bouleversantes, tantôt légères et parsemées d’humour ; en somme des scènes au ton souvent très juste. Une habile impression d’équilibre en découle : les deux peuples sont égaux face au danger, à la peur et à la mort. Dans une dynamique d’enchaînement minutieusement maîtrisée, les scènes passent d’un personnage, d’une ville et d’un peuple à l’autre pour finalement accélérer le mouvement de va-et-vient et créer un trait d’union.

Malgré l’éloignement géographique et idéologique, le film fait vivre aux personnages une vraie rencontre. Il nous guide au travers de tous ces instants de vie universels et nous permet ainsi de transcender le paradoxe de cette situation entre amour et haine. Le duo Agathe Bonitzer - Mahmoud Shalaby interprète simplement mais justement la dure réalité du conflit et, en aspirant à s’exprimer d’une même voix, ils nous donnent envie d’y croire.



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