Un fan de mangas possède certainement dans sa bibliothèque des volumes de Naruto et de Dragon Ball jouxtant ceux de One piece. Créé par Eiichiro Oda, le manga raconte les aventures d'une bande de pirates, dirigée par un drôle de personnage-caoutchouc, le capitaine Luffy. Venu des studios Toei Animation Company (producteurs de Goldorak, Capitaine Flam, Albator), Munehisa Sakai s'est chargé de l'adaptation sur grand écran d'un des épisodes de la saga d'Eiichiro Oda et signe là son premier long métrage. One Piece – Strong World est l'histoire de la résurrection d'un pirate. Le grand méchant Shiki est de retour, vingt ans après sa disparition. Son projet : répandre un chaos absolu sur les villes d'East Blue. Mais c'est compter sans sa rencontre avec Luffy et ses proches, prêts à tout pour sauver Nami, leur navigatrice kidnappée par le terrible Shiki.
L'équipage de Luffy comporte un certain nombre de protagonistes sur lesquels le réalisateur s'attarde trop longuement, dans le premier tiers du film. Sanji, Chopper, Brook, Franky... (et on en oublie) font tour à tour leur apparition, en créant un effet de juxtaposition et de saturation. Le récit est lourd malgré certaines idées originales, comme le bestiaire singulier, né des desseins apocalyptiques de Shiki. Les personnages échoués sur l'île sont confrontés à des animaux à la férocité surdéveloppée. Ce même scénario se reproduit encore et encore, tandis que l'intérêt s'évapore. Le début est agaçant parce qu'il est aussi pollué par des bruitages intempestifs comme le cliquetis des pas du pirate ressuscité et le bruit des pas du clown, semblables à des sons de … pets.
One Piece – Strong World commence véritablement lorsque les protagonistes arrivent dans un village, aux habitantes dotées de plumes aux bras et à l'estomac ravagé par la faim. Le film tombe parfois dans le sentimentalisme (l'intrigue concernant la petite fille cherchant un remède pour sa grand-mère). Mais, enfin, l'histoire prend forme, au milieu des trouvailles esthétiques, tel ce tourbillon de fauves dévastateur. L'ambiance aventurière est posée, avec ses files de boucaniers à la gueule farouche et balafrée, venus pour collaborer avec le chef de file, Shiki. Le réalisateur se permet même un clin d'oeil au personnage culte de King Kong.
La deuxième partie du film est donc beaucoup plus énergique que la première, prisonnière d'un schéma narratif répétitif. On regrette toutefois une absence d'originalité dans le cheminement de l'histoire qui se résume à un équipage affrontant un méchant pirate. La construction de certains personnages souffre également d'un manque d'inspiration (en première ligne, celui de Nami, la jeune femme kidnapée, à la silhouette galbée et au tempérament rebelle). Rien d'exceptionnel, donc. One Piece – Strong World est avant tout un film fait pour les dévoreurs de mangas, curieux de voir une adaptation des aventures de Luffy et sa team sur grand écran, dans l'Hexagone.