Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2


Harry Potter et les reliques de la mort - partie 2

Un film de David Yates

Avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson, Ralph Fiennes, Michael Gambon, Helen McCrory, Robbie Coltrane, Maggie Smith, Helena Bonham Carter

Amour versus gloire et beauté… Mais pourquoi diable Lily n’a-t-elle pas choisi Severus !

Article de Fleur Chevalier 1 étoile



Sérieusement, Harry Potter, qui s’en soucie, à part les groupies de quatorze ans ? On sait déjà qu’il vivra heureux avec tout plein d’enfants, dont un sosie de Justin Bieber – pour les groupies de neuf ans. Le centre du monde, c’est bel et bien Alan Rickman, de très loin le meilleur acteur et véritable héros de la saga, dont le timbre grave et lascif nous transporte, telle une drogue, à chaque épisode. On ne comprendra jamais, ô grand jamais, pourquoi Lily a choisi Potter. C’est la grande révélation du dernier épisode : la maman d’Harry Potter connaissait Rogue depuis l’enfance. Il la consolait, faisait léviter pour elle d’adorables brins d’herbe, la tenait par la main, lui ramassait ses livres… Ils étaient heureux, allongés dans l’herbe, tous les deux. Puis Lily a choisi de tomber amoureuse du winner imbuvable de Poudlard pour devenir Madame Potter, condamnant le pauvre Severus à porter le chapeau de la félonie. En découle tout ce qui suit. Naissance d’Harry Potter, furie de Voldemort, cicatrice sur le front, pâquerettes fanées, tombereaux de victimes, et un énorme blockbuster… L’apocalypse !
 

« Ci-gît Dobby, elfe libre »

Ce flashback bucolique soutenu par les grands yeux noirs du petit Rogue, et malheureusement pourri par les nombreux ralentis lacrymaux, s’avère être le plus beau passage d’un opus fidèle au pompiérisme hideux développé par Mike Newell depuis Harry Potter et la Coupe de Feu. Notre catastrophisme était justifié. On s’attendait à une débauche de « badaboum », là où les effusions de « snif » viennent contrebalancer sans nuance la tendance Luna Park de cette ultime livraison. Le début raccroche très laborieusement les wagons entre les deux derniers épisodes, avec force de bavardages peut-être mystificateurs, mais surtout soporifiques. Perdus dans les méandres d’une intrigue pourtant simple, on reste cois, à constater qu’effectivement, les fringues des vilains ne vont pas si bien que ça aux gentils. Sortie de son sportswear écolo, Hermione est plutôt ridicule en corset et bottines noires, même si Ron s’en sort plutôt bien avec le look new wave et la permanente…

A vrai dire, Ron s’en sort toujours plutôt bien. Comme d’habitude, sa puissance comique relève souvent les scènes les plus lourdes. Sur le thème « si on devait mourir demain », les violons insipides achèvent de nous assommer alors que la trame narrative archi-linéaire et répétitive renoue avec le pire morceau de la saga : le Harry Potter et la chambre des secrets de Chris Columbus, avec son interminable course poursuite à l’anaconda. L’esthétique de jeu vidéo – action/réaction – avale toutes les belles intuitions romantiques du premier volet d’Harry Potter et les reliques de la mort, certains effets demeurant même inexplicablement étrangers à leurs causes... Faute d'articulation, on ne comprendra jamais comment Harry Potter survit à l'affrontement avec Voldemort, alors qu'il a laissé choir la pierre philosophale juste avant. Peu importe. La chasse aux Horcruxes bat son plein. Niveau un : déterrer la coupe. Niveau deux : détecter le diadème. Niveau trois : tuer le serpent. « You win !! ». Ce sentiment désagréable est appuyé par une 3D super cheap, plus que dispensable.


« Très impressionnant, non ? »

Mygales velues, bourrins « hardos » en pantalons écossais, trolls… toujours aussi ulcéré, notre Voldemort au nez flouté (pour conserver l’anonymat ?) a réuni une armée du tonnerre de Dieu pour assiéger Poudlard : plans séquences tournoyant, vent dans les cheveux, et ça y est, on croirait presque du Peter Jackson. Le résultat vieillira probablement aussi mal que les ralentis outranciers du final du Retour du roi. A mesure qu’Harry franchit les étapes devant le mener à la victoire tant attendue, notre intérêt blasé se déplace avec curiosité vers certains personnages secondaires, à commencer par le frère de Dumbeldore, qui reproche à l’ancien directeur pourtant si brave de Poudlard d’avoir sacrifié leur sœur dans sa quête du pouvoir. On reste perplexe. Plus tard, liens du sang obligent avec « tu-sais-qui », Harry découvre son impitoyable sentence à mort prononcée par Dumbeldore devant un Rogue consterné. Oups !
 

On récapitule : Rogue, le faux méchant mais vrai humain, a payé (très) violemment les pots cassés pour les ambitions dévorantes des uns et des autres, des ayatollahs du Bien, comme des tenants du Mal, tous prompts à préserver leurs prés carrés respectifs, les vicieux infâmes stylés gothique tout comme les vertueux à la crinière souple, transpirant pourtant l’amour du prochain et de la démocratie. Tous sont prêts à sacrifier leurs familles, à écraser les vies d’autrui pour servir des idéologies arbitraires, quasi sectaires, exacerbés par leurs coiffures, et déterminant jusqu’à l’élection de leur look vestimentaire. Cette morale absolument formidable sous-tendue en filigrane par le récit initial atteint son apothéose dans le départ en plein combat de la famille Malfoy, menée par une mère exaspérée d’avoir risqué la vie de son Drago. Lâcheté ? Ou sursaut de raison anarchiste ? Aucune conviction n’est bonne si elle exige la mort des autres.

Cette piste, certes ténue, mais confirmée par la destruction de la baguette de Sureau par un Harry Potter refroidi à vie par la célébrité (il ne la garde même pas pour s’en faire une tisane), rafraîchie à elle seule notre torpeur abrutie et nos oreilles engourdies par tant d’effets THX Dolby surround. On rêve alors naïvement d’une adaptation qui aurait exploité à fond cet axe de lecture, transcendant ainsi le divertissement manichéen pour adolescents plus ou moins attardés. Alfonso Cuarón avait bien ouvert la brèche dans le Prisonnier d'Azkaban... Ironie du sort, la forme même de ce blockbuster mastodonte vient carrément court-circuiter la sagesse qu’on arrivait à discerner entre deux tranches de solennité dégoulinante et belliqueuse : la cerise indispensable à toutes ces tartes à la crème aliénantes qui veulent passer en force pour mieux barbouiller de moralité réductrice le cœur de ses spectateurs. Cette bonne vieille solennité édifiante, instrumentalisée et chérie par un régiment de producteurs avides de pouvoir, comme gage de ralliement à la cause de leurs portefeuilles. Assurément, cette quête là ne vaut pas qu’on se démène pour elle. Tout ça pour ça ! Poudlard va être dur à nettoyer...


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Fiche du film


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