Midnight movie
Cabeza de Vaca est un voyage fantastique au sens littéral et figuré, pour peu que l'on accepte de se laisser embarquer. Car ce n'est pas un film facile. Lui-même connaisseur du monde Indien et des rites chamaniques, Nicolas Echevarria ne cède jamais au mythe du bon sauvage, pas plus qu'il ne prône une religion new-age. Aucun romantisme pop dans sa description des Indiens. Autodidacte rompu au documentaire, il signait avec ce film sa première fiction (bien que basée sur des faits réels). Et tire le meilleur parti des possibilités que lui offraient cette nouvelle approche. Inspirée par le
Radeau de la méduse, la séquence d'ouverture est loin d'être un simple gadget : de nombreux plans tapent la rétine aussi sûrement qu'un tableau de peinture. Mais Echevarria ne renonce pas pour autant à son instinct de réalisateur de documentaire. Il filme à hauteur d'homme et étire les plans, comme pour inscrire définitivement son film dans le réel, loin du fatras onirique que commettra, des années plus tard, Jan Kounen avec son
Blueberry.
Tout comme Alvar Nuñez est coincé sur une terre étrangère, Nicolas Echevarria n'offre aucune possibilité d'échappatoire. C'est toute l'intelligence d'un film qui a malheureusement de grandes chances de passer inaperçu. Dans les années 70, il aurait été sauvé par la grâce des
Midnight movies, des projections tardives (minuit, donc) pour des films déviants, impossible à commercialiser autrement. John Waters et David Lynch y ont connu leurs premiers succès,
The Rocky Horror Picture Show y a accédé au statut de culte. Réalisé en 1991,
Cabeza de Vaca est fortement imprégné d'une époque où le langage cinématographique explosait des mains des Studios. Ce n'est sans doute pas un hasard si le film d'Echevarria fait souvent penser à un autre Sud-Américain : Alejandro Jodorowsky, père des Midnight movies avec
El Topo.