The Kid




Au départ, The Kid devait être un court métrage de plus dans la filmographie de Chaplin. Il deviendra son premier long métrage ; premier long métrage et premier succès international. Bien des années plus tard, le cinéaste élaborera une seconde version, avec notamment une composition musicale écrite par ses soins. Histoire de rendre son film définitivement éternel.

The Kid met en scène un vagabond, Charlot bien sûr, qui recueille un bébé abandonné, un peu à contre cœur il faut l’avouer. Il n’a pas grand-chose à lui offrir, mais l’élèvera comme un père. Flash forward de quelques années. Le gamin est devenu le complice de Charlot. Au royaume de la débrouille, ils sont les rois. Mais les choses se compliquent quand la mère du gamin, devenue entre temps une véritable vedette, se met à la recherche de son enfant. Charlot doit donc se battre contre les services sociaux, qui n’ont que faire du lien filial qui s’est noué entre le gosse et lui.

Chaplin, dès son premier long métrage, évoque donc un monde plutôt difficile, celui de la misère. Pour y exister et y survivre, il faut se battre et lutter en permanence pour manger, dormir, échapper à un quotidien qui se répète inlassablement. Le protagoniste ne peut compter sur personne pour survivre, en tout cas jusqu’à ce que le gosse arrive dans sa vie ; Charlot est un personnage éminemment solitaire, et ce gamin lui apporte l’affection qu’il n’a peut-être jamais eue. Mais bien évidemment, le cinéaste met beaucoup d’humour et de poésie dans son exploration de ce monde souvent cruel.

Dans Le Kid, tout est dit par le premier carton : « Un film avec un sourire… et peut-être aussi, une larme ». Chaplin y parvient en s’affranchissant de toute contingence géographique, historique et temporelle. Il tend ainsi à l’universel, et l’histoire de ce vagabond pris d’amour pour un enfant n’a pas d’âge, pas de frontière. Sa simplicité n’a d’égal que sa poésie et son humour. Certes, le cinéaste n’est pas encore parvenu à la maturité, et The Kid n’est pas son film le plus abouti point de vue mise en scène. Mais à bien y regarder, entre le Chaplin de ses cinq premiers longs métrages, de The Kid aux Lumières de la ville, et le Chaplin post 1930, on préférera peut-être le premier pour sa fausse naïveté et sa manière profondément drôle et poétique d’exalter son humanité. Et finalement, nous redevenons tous enfants en regardant The Kid. Car c’est bien avec des yeux de gosse que l’on regarde cette histoire belle et simple. Chaplin n’a pas besoin de mots, qui sont l’apanage des adultes ; tout se raconte en un clin d’œil, en un sourire, en une émotion. Son cinéma nous touche droit au cœur et devient immortel.

Dans tous ses longs métrages, Chaplin s’est beaucoup impliqué, notamment idéologiquement sur la fin de sa carrière. The Kid est à cet égard un peu particulier, réminiscence voire même mise en abyme de la jeunesse de Chaplin. Car c’est lui le « Kid », et les endroits du film sont ceux de son enfance. La misère de Charlot ne lui est pas étrangère ; et c’est sa propre peur de se faire rafler par la police quand il était gosse qu’il couche sur la pellicule. Après le succès retentissant du film, Chaplin retournera d’ailleurs pour la première fois en Europe, sur les lieux de son enfance. Comme un symbole.

The Kid est un film immense, qui célèbre Chaplin comme l’un des plus grands conteurs d’histoire que le cinéma ait porté. Il révèle également un petit gamin de quelques années, Jackie Coogan, mime merveilleux dont la carrière tournera malheureusement bien court. Pour son film, Chaplin a puisé dans ses souvenirs d’enfance, les tournant en dérision pour les exorciser. Enfance difficile, marquée par la pauvreté. L’instant d’un sourire et d’une larme, tous ces souvenirs remontent à la surface. « Un homme qui peut rire de lui délivre tous les hommes du fardeau de leur vanité », a écrit un poète admiratif du cinéaste. Avec The Kid, Chaplin nous a tous sauvés…


Fiche du film


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