Le Choc des titans


Le Choc des titans

Un film de Louis Leterrier

Avec Sam Worthington, Liam Neeson, Ralph Fiennes

Certains sont nés pour être vivants, d’autres pour tuer le kraken. C’est le cas du demi-dieu Persée vu par l’Oncle Sam. D’un ennui… mortel.

Article de Mickaël Pierson 0 étoile



Résumé : « Oh un bébé dans un cercueil flottant sur la mer ! / Même si nous n’avons pas le même sang, je t’aime. / Saletés d’humains, ils font rien que nous offenser ! / Je suis ton père. / Aaaaaaah non ! le kraken !!!! / Ouuuuh, ça touuuuurne ! / Oh mon amour. / Fin »

Enième mise en image de la vocation héroïque à l’américaine : un beau jeune homme élu pour sauver le monde s’entoure d’adjuvants aux personnalités variés (le rigolo, le bougon, le moche, le méchant qui devient le meilleur ami) sur lesquels on ne s’attarde pas trop car ils mourront tous avant la fin, et tout ce petit monde se met en marche pour aller combattre le grand méchant loup, dragon, kraken, peuple possédant sans doute des armes de destructions massives… Ah oui sinon il tombe amoureux aussi, enfin non il succombe aux charmes d’une vague bimbo en jupette, très sexy quand elle manie l’épée.

Le Choc des titans est l’un des films les plus barbants de ce début d’année. Ne cherchez d’ailleurs pas les titans, car après avoir évoqué leur existence en vingt-cinq secondes en ouverture, il n’en sera plus jamais question. D’ailleurs, Le Choc des titans n’est pas un film. Vaguement inspiré du Choc des titans de Desmond Davis (1981, avec Laurence Olivier en Zeus), cette version 2010 est un jeu vidéo sur grand écran : Super Persée contre le kraken. Le héros bidimensionnel doit évoluer de niveau en niveau pour délivrer la princesse. Chaque niveau présente un monstre différent à combattre (le scorpion-crabe, la méduse, le beau-père, le kraken), l’obtention d’une troupe valeureuse et de joyaux (une épée, un pégase, une arme fatale). Une fois ce principe compris, on se dit que le film va être long, très long et que Louis Leterrier, le petit fenchy exilé à Hollywood (responsable de Danny the dog, Le Transporteur et L’Incroyable Hulk) va meubler jusqu’au combat final. Mais un jeu vidéo demande la participation, limitée certes, mais active, du joueur. Ici on contemple, on assiste passif à une débauche d’effets (cent vingt-cinq petits millions de dollars quand même) le plus souvent inutiles, avec un réalisateur d’une totale incapacité à mettre en scène des séquences cohérentes (« Mais il est où ce personnage ? Bon ben il a dû mourir alors… »).
 
   

Quoi d’autre ? Des dieux de l’Olympe en habits de lumières, irradiants de soupline. Une mythologie pour les nuls arrangée à la sauce blockbuster (rappelons au passage que le kraken n’existe pas dans la mythologie grecque, mais provient de la littérature scandinave médiévale). Des acteurs (Ralph Fiennes, Liam Neeson) qui auraient mieux fait de rester chez eux. Un chroniqueur TV français dont on se demande ce qu’il fait là (Mouloud Achour qui semble beaucoup s’amuser. C’est bien le seul). Une musique pétaradante due à Craig Armstrong lorgnant vers un consensuel métal symphonique du film d’action ou d’aventure. On peut sur ce point regretter le manque d’originalité des compositeurs ou la frilosité des studios alors que tant de possibles restent inexploités pour la musique de film : le disco notamment.

Et surtout les deux immenses écueils d’une large majorité du cinéma américain : baser toute question de rébellion sur un désir de vengeance et mettre en avant la question de l’absence de paternité. Le père éduquant n’est jamais le père de sang. L’histoire américaine se constitue depuis des siècles sur ce manque du référent et nombre des productions culturelles reprennent plus ou moins consciemment ce schéma, le plus souvent sans en interroger les tenants et aboutissants, mais comme un fait établi constitutif de l’être au même titre que la couleur des yeux ou un trait de caractère. Aucun humanisme chez le héros, s’il mène un combat, c’est une lutte personnelle et non pour la cité : venger la mort de sa famille. Ainsi, comme fréquemment dans le cinéma US, tout mouvement populaire trouve son origine dans une volonté de vengeance. Le changement social étant alors fondé sur des présupposés amoraux. C’est donc la loi du talion qui permet le retour au calme et la réunion d’un dieu de tempérance avec un peuple à nouveau pieux. A l’issue d’une période troublée, le film peut s’achever sur une note rassurante pour les Américains : « Le Mal ne meurt pas, mais l’homme sait qu’il peut le combattre. »



Fiche du film


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