Brothers


Brothers

Un film de Jim Sheridan

Avec Jake Gyllenhaal, Tobey Maguire, Natalie Portman, Patric Flueger

Remake inutile du très beau film de Susanne Bier, "Brothers" n'appuie jamais là où ca fait mal, se contentant de délivrer un message anti-guerre sommaire au fil d'un long métrage à l'encéphalogramme plat, vitrine de luxe chic et toc à trois (bons) acteurs en sous-régime permanent.

Article de Jean-Baptiste Viaud 1 étoile



On savait Jim Sheridan adepte du mélo lacrymal ; on connaissait moins son goût pour un certain type de drame hollywoodien sirupeux à l'excès et, plus grave, dénué de toute pensée originale. Là où le film de Susanne Bier proposait un portrait au cordeau d'âmes meurtries, le plus américain des auteurs irlandais verse dans le pamphlet moraliste : la guerre, c'est mal, et ca vous tue un homme, sinon physiquement, du moins psychologiquement.

Il faut dire que le sujet a de quoi faire friser l'apoplexie : Sam (Tobey Maguire, débauché de Spiderman pour camper le parfait Marine, patriotique à souhait) est envoyé par l'ONU en mission à l'étranger, laissant attendre femme permanentée (Grace/Natalie Portman, presque fade, un comble) et gamines boulottes dans une banlieue manucurée middle class. Problème, Sam est porté disparu et présumé mort. Grace se rapproche alors dangereusement (un bisou au coin du feu, en fait) de Tommy, le frère rebelle (Jake Gyllenhaal, tout en agressivité renfrognée). Re-problème : Sam n'est pas mort, et revient chamboulé de la guerre. Drame, donc, entre la veuve-plus-veuve éplorée et les deux frères ennemis.




Il y avait pourtant matière à esquisser de plus subtils personnages, tant les atermoiements intérieurs sont légion dans cette histoire-là. Là où Susanne Bier montrait la violence de l'amour en temps de guerre, les coups infligés au corps et au coeur et les tensions larvées au sein de la cellule familiale, Jim Sheridan accole bout à bout des scènes lisses et policées, où tout accroc, physique ou moral, est esquivé en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Un dîner qui tourne mal, et le père bourru quitte la table ; un dédain pour le fils indigne, l'autre, celui qui n'a pas su faire don de soi pour sa patrie, se mue en amour paternel dès lors que la violence des sentiments devient trop insupportable. Il y a bien cette scène à Oscars, aux trois-quarts du film, où Tobey Maguire, laissant exploser le trop-plein d'émotions contraires accumulées (un trauma post-combat, forcément), défonce à coups de batte la nouvelle cuisine équipée. Mais tout cela ne saurait cacher une succession de plans certes bien filmés mais presque toujours vides de sens, où l'inanité prend le pas sur une profondeur psychologique qu'on aurait aimée mieux exploitée.




Le pire, dans tout cela, c'est que Brothers n'est même pas honteux. Comme tout film hollywoodien tourné en mode pilotage automatique, les images s'enchaînent avec une facilité déconcertante, sans aspérité aucune, et se laisse du coup regarder sans ennui. D'autant plus que le trio d'acteurs évite heureusement souvent le surjeu, et que le thème exposé, mais en filigrane seulement, de la manière dont la guerre poursuit les soldats bien au-delà du champ de bataille, ménage au final une ou deux belles idées. Il aurait peut-être suffi d'une austérité plus exacerbée, plus assumée, ou d'une violence qu'on aurait sentie plus réelle, pour que Brothers version U.S. accède au moins à la cheville d'un Retour ou d'un Voyage au bout de l'enfer. En l'état, il n'est ni film de guerre, ni drame psychologique, mais ressemble plus au Closer de Mike Nichols, qu'on aurait surdosé au Prozac.


Fiche du film


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