Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry) 
Article de Alexander Pradot
« Mais qui a tué Harry ? est une manière d’aborder un genre strictement britannique, l’humour macabre. J’ai fait ce film pour prouver que le public américain pouvait apprécier l’humour britannique » (Hitchcock, matériel pour la presse). Mais qui a tué Harry ? (The Trouble with Harry), réalisé en 1956, est donc un film particulier dans la filmographie du cinéaste. Le public ne sera pas vraiment réceptif, le seul démenti à son échec relatif dans le monde étant l’accueil chaleureux réservé par la France.
C’est l’histoire d’un cadavre, celui d’Harry, découvert par un petit garçon. Qui donc a tué Harry ? Plusieurs personnes se sentent responsables de sa mort et tentent dissimuler le corps de peur qu’on les accuse du meurtre. Pur cynisme, les personnages du film n’ont cependant aucune considération pour cet homme dont on enterre et déterre le corps sans remords, comme s’il ne s’agissait que d’un simple objet encombrant : « Tout l’humour du film procède d’un seul mécanisme, toujours le même, une sorte de flegme exagéré : on parle du cadavre comme s’il s’agissait d’un paquet de cigarettes » (Truffaut in Hitchcock – Truffaut).
La première demi-heure du film, narrée sur le ton d’un petit conte à l’humour macabre, est un peu lente. L’intrigue devient par la suite plus dérangeante et troublante, nous poussant un peu plus à la réflexion mais sans toutefois atteindre des sommets. Le sexe et la mort sont présentés comme des réalités toutes relatives dans une vision du monde à contre-courant du « puritanisme décadent » pour qui le sexe doit être proscrit et la mort considérée comme effrayante. En fait, de multiples interprétations plus ou moins tirées par les cheveux ont été émises. Certains critiques en France sont même allés jusqu’à dire que Mais qui a tué Harry constituait une parabole de la mort et de la résurrection du Christ. Mais le film, s’il ne peut pas être pris au premier degré, n’atteint pas forcément le niveau d’abstraction que d’aucuns lui ont donné.
Mais qui a tué Harry ? est donc un film particulier dans la filmographie de Sir Alfred Hitchcock. Esthétiquement très beau, il a en revanche été mal compris sur le fond : « Ce film répondait à mon désir de travailler dans le contraste, de lutter contre la tradition, contre les clichés. Dans Trouble with Harry, je retire le mélodrame de la nuit noire pour l’amener à la lumière du jour. C’est comme si je montrais un assassinat au bord d’un ruisseau qui chante et que je répandais une goutte de sang dans son eau limpide. De ces contrastes surgit un contrepoint, et peut-être même une soudaine élévation des choses ordinaires de la vie » (Hitchcock in Hitchcock – Truffaut, édition Definitive, p. 191).