The Reader


The Reader

Un film de Stephen Daldry

Avec Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross

The reader, Le liseur, est à voir. C’est un grand moment où la technique du 7ème art, magistrale, s’efface au service de l’histoire. Un film pur comme le cinéma, compliqué comme la vie

Article de Hadrien Dumont 4 étoiles



Au lendemain de la seconde guerre mondiale, Michael Berg (David Kross), jeune étudiant allemand d’une quinzaine d’années, rencontre Hannah (Kate Winslet), une femme de 20 ans son aînée. Rapidement, une relation passionnelle et torride s'instaure entre les deux amants. Pendant tout un été, ils se retrouvent régulièrement en secret dans l’appartement de la mystérieuse Hannah, qui demande à l’adolescent de lui faire la lecture. Soudainement, la jeune femme disparaît, laissant Michael le cœur brisé. Quelques années plus tard, ils se retrouvent par un malheureux hasard. Michael, étudiant en droit, assiste au procès d’anciennes gardiennes SS des camps de concentration. Hannah est sur le banc des accusées…

Stephen Daldry adapte avec The reader le best-seller éponyme de Bernhard Schlink, publié en 1955. Ce roman est considéré en Allemagne comme primordial pour comprendre l’histoire du pays et même enseigné dans certaines écoles. En effet, outre l’histoire d’amour des deux personnages principaux, le livre et le film traitent avant tout de la culpabilité de la génération allemande d’après-guerre. Quel regard portent ces jeunes, fils de feu le troisième Reich, sur les pêchés impardonnables de leurs pères ? Daldry nous embarque tout d’abord, à travers le regard du jeune Michael, dans une première partie pleine de naïveté, de passion : une première idylle adolescente interdite. Puis, abruptement, il nous plonge dans l’horreur du nazisme. Tout est remis en perspective. La fiévreuse Hannah, son premier amour, est une tortionnaire SS. Chaque geste affectueux, chaque livre qu’il lui lisait, tout porte soudain l’ombre des camps de concentration. Si le mal est plus banal en période de guerre – Hannah « travaillait », comme beaucoup d’autres – Stephen Daldry reste juste et ne cautionne pas pour autant ses crimes ; mais il laisse cependant à Hannah sa fragilité, ses sentiments, son humanité. Le spectateur, comme Michael, est tiraillé dans tous les sens. Mépris, amour, haine, empathie, tout se mélange. Daldry laisse en nos mains le jugement. Choix périlleux…

 

Avec un tel sujet, le film aurait pu facilement accumuler les clichés ou encore tomber dans le sentimentalisme. Mais la finesse et la précision du scénario (de David Hare, déjà scénariste de The hours) et de la mise en scène évitent tous les poncifs. La narration, par exemple, mélangeant les périodes clefs de la vie de Michael de manière non-chronologique, évite toute voix-off, accessoire facile et lourd des films à la première personne. De plus, The reader est une véritable œuvre cinématographique, chaque plan étant plein de sens. On y retrouve une véritable économie de dialogues gagnante, une densité des images, véritables tableaux parlants. Essentiels à la relecture... Enfin, si le film est formellement magnifique du point de vue du cadrage, de la photographie, de la reconstitution historique et du son, tout est adéquat et nécessaire. La technique s’efface au service de l’histoire.

Par ailleurs, les acteurs, Davis Kross et Kate Winslet en tête, sont d’une justesse remarquable. Hannah est bouleversante en jeune femme perdue, orgueilleuse et puérile. Tout en silence, elle campe avec conviction ce monstre qui s’ignore, nous empêchant de la condamner sans réfléchir. Face à elle, le néophyte David Kross incarne un Michael (dans sa jeunesse) d’une subtilité profonde. L’amour et la haine qu’il lui porte se retrouvent dans son regard d’adolescent en quête de compréhension. Leur réunion à l’écran est d’une sensualité étonnante, leurs corps imparfaits semblent s’attirer naturellement. Ralph Fiennes, qui joue Michael à l’âge adulte, s’en sort plus qu’avec les honneurs. Plein de sobriété et de doutes, il rappelle le feu éteint de la passion du jeune Michael, feu que l’homme refuse d’oublier.

Ainsi, Stephen Daldry nous emmène avec lui dans les tourments d’une nation confrontée à ses horreurs passées. Sans jamais pointer du doigt le bien ou le mal, les faits parlant d’eux-mêmes, il permet une identification aux personnages pas gagnée d’avance. Face au monstre, on ne s’enfuit pas, on veut comprendre, espérant en dernier recours qu’il voie, lui, l’humanité. Un grand film dont les questions sans réponses vous suivront longtemps



Fiche du film


Logo IEUFC