Amour, sexe et mobylette

Amour, sexe et mobylette

Un film de Maria Silvia Bazzoli, Christian Lelong


"Amour, sexe et mobylette" tente de mettre en images l'amour vécu dans un contexte socio-économique difficile : pauvreté, poids des traditions et menace du sida. C'est déjà une prouesse de le laisser deviner. Mais on aurait aimé que l'essai soit plus concluant et ne fasse pas planer l'ombre d'un doute : celui de la superficialité.


Article de Falila Gbadamassi 1 étoile


Amour, sexe et mobylette … à Koupéla, petite ville située à 157 km de la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou, en Afrique de l’Ouest. Des lycéens qui discutent de l'amour, de la façon dont ils envisagent la place de la femme dans le couple, un vieux ménage dans un village, tout cela autour des célébrations de la Saint-Valentin, une fête de plus en plus populaire en Afrique. Comme l'illustre ce concours de lettres d'amour, organisé par une radio locale ; la soirée de la Saint-Valentin, où plusieurs couples défilent pour une séance photo ; ou encore tous les efforts déployés par Ousmane, un jeune homme désargenté, pour retrouver sa dulcinée dans la capitale afin de célébrer la fête des Amoureux. Le documentaire met aussi un point d'honneur à évoquer la plus grande menace qui pèse aujourd'hui sur l'amour en Afrique : le sida.

La première œuvre commune de Maria Silvia Bazzoli (premier long métrage) et Christian Lelong (deuxième incursion cinématographique) est pleine de bonne volonté. Sans plus. Si ce n'est cette jolie rencontre avec Jean-Marie, la soixantaine triomphante, qui forme avec son épouse un vieux couple burkinabè revenant avec nostalgie et retenue sur leur long parcours. À lui seul, il raconte toute la pudeur qui entoure la relation amoureuse sur un continent, connu pour être des plus chaleureux, où l'on exprime pourtant difficilement son amour pour l'autre. En comparaison de ce qui se voit ou s'entend en Occident, on s'aime au Burkina Faso, autant qu'ailleurs, mais on ne se le dit pas toujours ou ne le démontre pas assez. Au-delà peut-être de quelques missives, tout à la fois naïves et profondes, qui décrivent les soubresauts amoureux, notamment des jeunes gens. Ceux rencontrés par Maria Silvia Bazzoli et Christian Lelong, influencés notamment par cette fête importée qu'est la Saint-Valentin, semblent à la pointe d'une révolution où l'on manifesterait plus librement ses sentiments.

Amour, sexe et mobylette s'apparente à un patchwork de réalités sur la manière dont se vivrait l'amour au Burkina Faso, une petite fenêtre ouverte sur l'Afrique. Le défilé aléatoire des tableaux peine à faire émerger un véritable point de vue. Ce n'est peut-être pas le propos, mais on n'en n'attendait pas moins. Des situations particulières racontées, comme l'on jette pêle-mêle des ingrédients dans une sauce, aurait pu se dégager comme une évidence, celle dont est gratifiée une œuvre cohérente. Amour, sexe et mobylette tente de mettre en images l'amour vécu dans un contexte socio-économique difficile : pauvreté, poids des traditions et menace du sida. C'est déjà une prouesse de le laisser deviner. Mais on aurait aimé que l'essai soit plus concluant et ne fasse pas planer l’ombre d’un doute : celui de la superficialité.
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