Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire

Une ode vibrante à l’amour et à la destinée, pour un des meilleurs films de Danny Boyle, qui laisse son cynisme de côté pour s’ouvrir comme rarement.


Article de Justin Kwedi 3 étoiles


Danny Boyle renoue ici avec un des thèmes récurrents de son oeuvre : l'argent et ses conséquences. Graine de discorde entre les colocataires de Petits Meurtres entre amis, seul moyen de se sortir du marasme ambiant dans Trainspotting, symbole de la différence sociale dans le couple d’Une Vie Moins Ordinaire, l’approche de Boyle avait pourtant connu un certain renouveau avec le ton naïf et innocent de Millions, à l’opposé du cynisme de ses trois premiers films. Cependant, le film n’évitait pas une certaine niaiserie et s’avérait partiellement raté. Avec le recul, on peut désormais y voir un galop d’essai pour ce formidable Slumdog Millionnaire qui emprunte la même voie mais avec bien plus de réussite, fusionnant à merveille la virulence et la dureté d’autrefois avec la belle fable initiatique.

La construction du film est assez magistrale, avec narration découpée entre les séquences d'interrogatoire de Jamal, les passages de l'émission "Qui veux gagner des millions" où chaque question remportée trouve une réponse douloureuse dans son passé, et fait défiler l'enfance et l'adolescence du personnage. Le scénario de Simon Beaufoy (Alex Garland, collaborateur régulier de Boyle depuis La Plage, n’est pas de l’aventure), parvient à tirer une belle substance dramatique du roman de Vikas Swarup, qui se composait d’une suite de fables correspondant à chaque question posée dans le jeu. On découvre donc ici une Inde comme rarement filmée par un Européen, avec de glauques bidonvilles, dont Boyle parvient à traduire l'aspect grouillant et crasseux à la perfection, en mélangeant le style sur le vif hérité de 28 jours plus tard (la scène course-poursuite de Jamal et Salim, enfants), et un côté plus contemplatif, laissant évoluer quelques beaux moments, à l'image de celui où Jamal, enfant, invite Latika transie de froid sous la pluie à le rejoindre à l’abri.

On suit donc le parcours de Jamal au côté de son frère Salim, entre petits larcins et arnaques en tous genres, ponctué de drames durant lesquels  Boyle n’oublie pas de décrire quelques moments douloureux de la réalité indienne ou de l’actualité récente du pays. Ainsi des persécutions subies par les musulmans, de Bombay/Mumbay et son bidonville transformé en centre d'affaires, ou encore de la sordide exploitation d'enfants mendiants, rendus volontairement handicapés.

Malgré la dureté du contexte, le film conserve un aspect de conte initiatique, grâce au personnage très attachant de Jamal, formidablement incarné à tous les âges ( notamment joué adulte par Dev Patel, héros de la série anglaise Skins). L'oeuvre réserve en outre son lot de jolis moment, tel cette épatante scène où Jamal traverse une fosse d’excréments pour obtenir un autographe de sa star favorite. Boyle orchestre une vraie opposition à la Caïn et Abel entre Jamal et son frère Salim, ce dernier faisant montre dès l’enfance d’un vrai mauvais fond, qui le mènera vers une existence de gangster, le destin finissant par les opposer à cause de Latika. Cette dernière, amour de sa vie, est plus que l’argent et la réussite, le véritable moteur des actions et de la volonté inébranlable de Jamal, donc de sa participation au jeu.

Toutes ces qualités tirent la conclusion pleine d’emphase vers le sublime, quand Jamal devient un vrai étendard des laissés pour comptes, au fur et à mesure de son avancée dans le jeu (dont le suspense audiovisuel est transcendé par l’intensité dramatique), et qu'il suscite une belle émotion en répondant à l'ultime question, soutenu par tout un peuple.
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