The Duchess


The Duchess

Un film de Saul Dibb

Avec Keira Knightley, Ralph Fiennes, Charlotte Rampling

Ambiance feutrée des intérieurs XVIIIème, bruissement des robes chatoyantes des Ladies, bonnes manières et courtisanerie, The Duchess est « british » jusqu’au bout des ongles.

Article de Lucile Moura 2 étoiles



Inspiré d’une histoire vraie, complexe et forte adaptée en roman, The Duchess retrace le parcours de Georgiana Spencer, devenue la duchesse de Devonshire (Keira Knightley) en se mariant à 17 ans au Duc du nom (Ralph Fiennes), personnage distant et obsédé par l’idée d’obtenir un héritier mâle de celle qui ne lui donne que deux filles. La volonté de la jeune femme de se libérer du carcan social qui l’étouffe va se heurter violemment et en vain aux mœurs machistes de l’époque. Bientôt, ce dernier lui impose un ménage à trois et elle-même succombe aux charmes d’un parlementaire progressiste…


Le portrait d’une jeune femme en quête d’émancipation

L’intention du réalisateur est claire : dresser le portrait d’une jeune femme en lutte contre les codes sociaux qui la briment, à l’image du personnage principal de son film précédent, Bullet Boy, en la rendant aussi contemporaine que possible. Le contexte historique initial de la vie de Georgiana Spencer n’est qu’un prétexte pour développer ce thème de l’émancipation. Le choix de Keira Knightley, égérie de la mode (comme son personnage) et actrice dans le vent, est sur ce point judicieux : elle compose une héroïne romantique crédible, déchirée entre les règles arbitraires qu’on essaie de lui imposer et ses propres sentiments. Trop tôt mariée, elle ne s’éveille qu’à contretemps à la sexualité. Même sa mère (géniale Charlotte Rampling) ne l’aide que jusqu’à un certain point : celui où les intérêts du mariage ne sont pas mis en péril. Seules comptent les bienséances et la préservation des lignées. Belle idée initiale, donc, que l’itinéraire de cette jeune femme.


Un portrait trop lisse

Malheureusement, le film ne pousse pas très loin son propos. En privilégiant l’approche strictement émotionnelle, Saul Dibb diminue la portée de la révolte qui sourd. De manière frustrante, l’on reste alors indifférent aux bouleversements purement psychologiques que rencontre cette dernière. De plus, l’académisme de la mise en scène (heureusement servie par des lumières fantastiques et un décor somptueux) affadit d’autant le récit.
Policé, lointain, le film devient alors ennuyeux, à peine divertissant. L’amoureux transi (Dominic Cooper) n’arrange rien : il paraît terriblement insignifiant à côté de l’héroïne cornélienne qu’est Georgiana Spencer. Les tableaux sont certes finement composés : voir la séquence du déjeuner à trois avec les deux chiens au premier plan à gauche. La surcharge de musiques romantiques (ah, ces violons !...) achève d’édulcorer les révoltes de l’héroïne. Même l’adolescente casse-pieds et moderne que Sofia Coppola avait fait de Marie-Antoinette est plus attachante.


Un bon produit commercial ? …. Même pas sûr !

Que reste-t-il au final ? Allez, ne soyons pas bégueules, The Duchess remplit son contrat de film d’époque à l’eau de rose… Quoique l’on est tenté de se demander si les jeunes filles de 2008 trouveront leur compte dans cette tentative de libération avortée. Certes, le scénario est limité par la réalité des faits vécus par la Duchesse de Devonshire. Mais la vie de celle-ci est bien plus riche, si l’on en croit la romancière Amanda Foreman. Engagement politique progressiste (certes un peu développé dans le film), fanatique de jeu jusqu’à l’endettement le plus extrême, voilà des aspects qui auraient pu donner plus de profondeur et d’intérêt à ce personnage et au film.

 


Fiche du film