J'irai dormir à Hollywood

J'irai dormir à Hollywood

J'irai dormir à Hollywood 4 étoiles

Un film de Antoine de Maximy

Article de Géraldine Pioud

Road-movie charmant, le premier long métrage d'Antoine de Maximy ne peut se réduire à cela. C'est une véritable invitation au voyage, un dépaysement qui envoie des bouffées d'air pur. Des vacances dans une salle de cinéma... le luxe!


Globe-trotter sympathique et généreux, Antoine de Maximy se parachute (au propre comme au figuré!) pour la première fois dans l'univers du long métrage. J'irai dormir à Hollywood retrace son périple étasunien d'est en ouest, de New-York à Los Angeles, guidé par un but non dissimulé : se faire inviter à dormir chez une star à Hollywood. Il ne s'agit là bien-sûr que d'un prétexte. La trame de son road-movie se tisse au fil des rencontres, au fil des personnalités qu'il croise sur sa route. Tantôt drôles, parfois effrayantes, toujours émouvantes, chacune apporte sa part de magie aux moments que le réalisateur vole au monde.

Avec le même dispositif technique que celui utilisé pour sa série de 52 min (J'irai dormir chez vous, sur France 5 ou en dvd), à savoir trois caméras (une manuelle, une à l'épaule, et une sur un bras mécanique pour se filmer lui-même), Antoine de Maximy capte, comme par enchantement, ce qui est à la source de toutes relations humaines : le mystère des premiers instants. Il cherche les rencontres, parfois les provoque, tantôt les « subit ». Des tranches de vie plus vraies que nature car non-scénarisées. L'impact de son road-movie réside certes dans l'aspect documentaire, mais aussi dans tout le côté surprenant et magique d'une description de l'existence dans ce qu'elle a de plus pur. Rien n'est manipulé, tout est vrai. Ces êtres qui deviennent acteurs malgré eux sont la clé d'une trame narrative qui suit l'histoire telle qu'elle est donné à voir, et non telle que l'on voudrait qu'elle soit. La vérité de l'autre est véhiculée par son passé, faite de ses doutes, de ses peurs, de ses joies et de ses croyances. Antoine de Maximy vit avec une spontanéité presque enfantine le bonheur de connaître autrui et découvre ces endroits qui sont tous un petit bout de chez soi. Il accueille le plaisir de partager avec ce voisin de l'autre bout du monde, alors que certains, par peur ou par timidité, n'osent pas parler à celui qui habite sur le même pallier.

Une balade sur le sol étasunien qui prend des airs d'excursion rocambolesque. Pour aller d'est en ouest par la route, il faut faire preuve d'inventivité et d'audace. Parfois en stop ou en car, Antoine de Maximy finira par acquérir son propre moyen de transport « en la personne » d'un charmant corbillard. Réparé avec les moyens du bord et repeint en rouge, il sera un objet de curiosité populaire autant que les caméras dont le réalisateur est pourvu. Une voiture originale qui est un peu le deuxième protagoniste du road-movie : malgré les pannes et les galères, c'est lui qui mène à Hollywood. Sur l'affiche du film, le corbillard apparaît dans toute sa splendeur, car Antoine de Maximy vient de lui offrir une seconde vie. Les paysages américains se parent ainsi d'une autre symbolique dans les yeux de ce duo inattendu. Ainsi, si nous repensons un instant aux fondamentaux du road-movie (comme à l'époque du New York-Miami de Capra, ou plus récemment du Rain Man de Levinson), il est facile de constater que le réalisateur s'est imprégné avec tact de ce genre typiquement américain. Partir sur la route afin de se découvrir, prendre les kilomètres comme des rencontres et accepter que le hasard se mêle du quotidien. Le chemin parcouru au travers des surprises et des obstacles compose les notes d'une symphonie initiatique. Une quête qui prend la route à témoin et qui concède à l'homme ce qu'il a de plus cher : sa liberté.

Voilà. Il est libre, Antoine. Parce qu'à ses yeux, « quand rien n'est prévu, tout est possible ». D'où ce regard pétillant avec lequel il filme des paysages magnifiques, des personnages troublants. Il se raconte avec pudeur et nous livre son journal intime, comme un secret : son road-movie est une confidence. Un voyage à portée de main, là, juste à côté, dans l'intimité obscure d'une salle de cinéma. Un film qui réveille des envies. Envie de voyager. Envie de rencontrer. Envie de vie. N'est-ce pas déjà un pas vers l'essentiel?

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