Wall-E

Wall-E

Wall-E 4 étoiles

Un film de Andrew Stanton

Article de Justin Kwedi

Les humains ont quitté la Terre depuis 700 ans, laissant des milliers de robots pour nettoyer la planète. Un seul d'entre eux a survécu et continue son travail : WALL-E. Jusqu'au jour où une fusée dépose un robot nommé EVE…



Si la rencontre est un peu brutale, EVE et WALL-E font rapidement connaissance et c'est le coup de foudre. Mais soudainement, au grand étonnement de WALL-E, EVE cesse complètement de bouger après avoir découvert une plante. Lorsqu'une fusée vient la chercher, WALL-E décide de l'accompagner dans l'espace...

L’incroyable âge d’or du studio Pixar se poursuit avec ce nouveau film qui, dans la forme comme dans le fond, laisse une nouvelle fois la concurrence (Japon exclu), loin derrière. Depuis sa création, chacun des films de Pixar représente un nouveau défi : au niveau de l’univers (le Paris de Ratatouille, l’océan de Nemo…), du bestiaire (les insectes de 1001 Pattes, les jouets de Toy Story…), ou encore du genre abordé (le film de super héros avec Les Indestructibles, le film de commando de 1001 Pattes). Wall-E ne fait pas exception à la règle.

Alors que Ratatouille était la création Pixar qui se rapprochait le plus d’un cartoon classique, Wall-E prend en partie l’option inverse, la science- fiction n’acceptant pas la demi-mesure en matière de crédibilité. Tous les grands classiques SF des années 60 et 70 sont convoqués ici avec, entre autres, des références explicites à 2001 L'Odyssée de l'espace (visuelles, avec l’ordinateur central évoquant HAL, mais aussi narratives, avec une brillante reprise de l’éveil de l’homme), une ambiance post apocalyptique typique du genre (avec sa terre désertée), et la recréation de l’image à halo des caméras Panavision 70 mm utilisées dans nombre de films des années 70. Les décors de cette Terre abandonnée impressionnent de perfection et d’immensité. La réalisation de Andrew Stanton reprend quant à elle admirablement le style sobre et contemplatif des Blade Runner et autres Rencontre du troisième type, dont il s’applique à reproduire l’atmosphère.

 


Face à cette démonstration technique, l’élément humain et ludique cher à Pixar est introduit par le Wall-E, robot de recylage qu’on a oublié d’éteindre lors du grand départ de la Terre. A ranger immédiatement parmi les plus grands personnages du studio, Wall-E est une prouesse à tout point de vue. La manière d’humaniser notre robot est aussi drôle que touchante (hilarants gags où Wall-E se débarrasse du bijou contenu dans une boite et garde cette dernière). Ses réflexes pratiques disparaissent ainsi peu à peu face à la solitude ressentie par le dernier être vivant sur Terre. La découverte d’objets humains finit même par le changer en idéaliste romantique (belle utilisation de la comédie musicale Hello Dolly). Il n'est d'ailleurs fait usage d'aucune facilité anthropomorphique, hormis un regard des plus expressifs. La logique de la machine (qui rappelle beaucoup le Johnny 5 de Short Circuit), peu adaptée à son comportement devenu si humain, amène une gaucherie et une fragilité qui rendent le personnage aussi attachant qu’un E.T.

La rencontre et la séduction de EVE sont tout aussi habilement amenées. Malgré son aspect froid et destructeur, le comique et l’humanité d'EVE transparaissent peu à peu au travers de ses tentatives dévastatrices et maladroites de se fondre dans l’univers de Wall-E. Sensible, tendre, et assumant le tour de force d’une narration quasiment sans paroles, la première demi-heure de Wall-E est un véritable bijou.

Le film prend ensuite un tour étonnamment engagé pour ce type de production, sans pour autant se départir des préceptes positifs chers à Pixar (tels qu’être soi-même, s’affirmer…). On découvre ainsi que l’humanité n’a pas disparu, mais réside désormais dans l’espace, obèse et apathique, sous l’entière dépendance des machines qui empêchent tout retour sur Terre.  Visuellement impressionnant (fabuleuse scène d’envol; futur automatisé foisonnant de détails), l'originalité du film tient également à son histoire, qui met en scène deux robots s’éveillant à des sentiments oubliés par l'humanité. L’accomplissement de la romance entre Wall-E et EVE va ainsi de pair avec le sursaut de l’humanité.

Une thématique des plus passionnantes qu'Andrew Stanton fond à la perfection dans l’univers de Pixar. Les figures imposées comme la fantastique course poursuite finale ou la reprise référentielle (belle relecture de l’éveil des premiers hommes de 2001 accompagnée de « Ainsi parlait Zarathoustra », parfaitement indiquée ici), sont ainsi brillamment adaptées à ce thème.

En définitive, Wall-E représente en quelque sorte un idéal de film tout public (les tout petits seront plus sensibles à ce film qu’aux enjeux complexes de Ratatouille), à la fois drôle (hilarant robot nettoyeur), et touchant (le dernier échange entre Wall-E et EVE devrait faire fondre les plus cyniques).






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