Phénomènes


Phénomènes

Un film de Manjoj Night Shyamalan

Avec Mark Wahlberg, Zooey Deschanel, Spencer Breslin, John Leguizamo, Cyrille Thouvenin

Un film à suspense qui frôle l'absurde, tantôt effrayant, tantôt ridicule: un mélange de tons tout à fait étonnant... trop?

Article de Francesco Capurro 3 étoiles



"The happening" : ce qui arrive.  Quoi ? Personne ne le sait. Quelque chose d’inexplicable pousse les hommes à se suicider, soudainement, faisant souffler un vent de panique, évidemment. D’abord New York, puis tout l’est des Etats-Unis. Les gens fuient, mais la mystérieuse épidémie les rattrape. Aucune explication raisonnable.

On dit que c’est là l’originalité du film de Shyamalan, ce n’est pourtant pas tout à fait vrai. Celle-ci n’est pas non plus à chercher dans l’histoire : un jeune couple, en crise de post-mariage, qui doit prendre soin de la fille d’un couple d’amis, atteinte par le mal obscur ; on la connaît et on se doute de l’issue. Où donc peut donc bien se situer, alors, l'originalité ? Le sujet peut être. Le cinéaste déclare être parti d’une idée aussi simple que fulgurante : « et si la nature décidait sans prévenir de se retourner contre nous ? » En ce temps d’idéologie écologiste, la question est sans doute d’actualité, mais un peu trop consensuelle pour être vraiment percutante. Non, décidemment on n’est pas suffisemment dupes pour être séduit par ça.

Cependant, le film accroche : le traitement sans doute. Ou comment réaliser un film catastrophe, en reprenant tous ses clichés, mais en demeurant surprenant. La recette est un mélange de tons qui compose une mélodie aux variations très marquées, étonnement efficace.

D’abord les graves : un générique totalement allégorique, dans lequel des nuages accélérés se teintent progressivement en noir sur des notes de piano et de violon. Mozart. Ou encore les scènes de pure suspense, dans lesquelles l’habilité de Shyamalan éclate au grand jour, rappelant qu’il est un des meilleurs « fouteurs de trouille » en circulation. Les personnages s’arrêtent soudain, la caméra se fige. D’un geste mécanique une fille se transperce le cou avec une épingle pour cheveux. La peur sans coupe. Soudain, un magnifique plan-séquence mène à bout le procédé: la caméra à terre filme les jambes des passants qui s’arrêtent. Un coup de feu hors champ : un policier se tire une balle dans la tête et tombe dans le cadre. Le pistolet lui tombe des mains, juste à côté ; la caméra recule lentement. D’autre jambes s’approchent, la récupèrent : « boum », un autre cadavre. La mort passe d’une main à l’autre, dans la continuité d’un plan.

Ensuite, les aigus : des moments presque burlesques émaillent le film. Les personnages, totalement improbables dans leurs gestes, leur jeu, leur posture, s’alternent dans un crescendo d’absurdité. La caméra filme souvent ces visages de très près, une courte focale déforme leurs expressions excessives et amplifie leur étrangeté. Les protagonistes d’abord : un yankee au visage carré, qui frôle la caricature, et sa copine au regarde fixe, perdu, les yeux bleu grand ouverts, l’air folle. Egalement les second rôles : un agriculteur déjanté, un militaire effrayé ; des amis ados gentiment impertinents : des masques se succèdent dans des situations fort paradoxales, au milieu de nulle part, dans la campagne américaine. La salle rit.

Puis, et là le film se fait vraiment intéressant, les rires et la peur ne font plus qu’un. Le cercle se resserre autour du couple principal, et la cinéaste prépare la grande mise en scène finale. Une maison abandonnée, une vielle dame sur une chaise à bascule, des plans-panneaux, aussi conventionnels que précis, nous signalent qu’on va vers une montée de la tension. Une porte entrouverte, une ombre à la fenêtre, une poupée déformée : des images maintes fois vues tendent un clin d’œil au spectateur, tandis qu’elles le collent malgré tout à son siège. Comment Shyamalan y parvient-il ? « Il y a des choses qu’on ne peux pas expliquer », diraient les protagonistes du film. Tester pour croire.

Cependant, si le résultat dans son ensemble est un peu brouillé, il est indéniable qu’il y a là les indices d’une proposition d’approche nouvelle du genre. Il est fort possible que Phénomènes déçoive quelque peu les puristes du thriller, mais il est aussi vrai que, par son inventivité, le film ne peut pas laisser indifférent. Au pire confus : « je ne suis plus où je suis », se dira-t-on en sortant de la salle, exactement comme le dit la première des victimes dans le films.








Fiche du film


Logo IEUFC