Deux jours à tuer


Deux jours à tuer

Un film de Jean Becker

Avec Albert Dupontel, Marie-josée Croze, Pierre Vaneck, François Marthouret

On attendait Jean Becker au tournant, parce que Dupontel. Et inversement. Mais ce nouvel opus adapté du roman éponyme de François d’Epenoux s’avère assez décevant, plutôt fade, et ce malgré la présence d’acteurs talentueux.

Article de Alexandrine Dhainaut 1 étoile



Albert Dupontel a tout - le corps et l’œil - du volcan endormi. La tension dont il est porteur, cette ambivalence entre la sagesse et la folie, a fait son succès public et a amené la reconnaissance de ses pairs. Il paraît donc logique que Jean Becker l'ait choisi pour incarner un personnage sur le fil – Antoine -, non sans rappeler un certain Bernie, ou Darius dans Le Créateur. On assiste donc, dans les trente premières minutes, à du Dupontel tout craché (un pot pourri, en quelques scènes, des personnages de ses sketchs et de ses films), et jusqu’ici tout va bien.

La tension contenue, dès le début, avec ses envolées cynico-comiques, tient d'abord le spectateur en haleine, puis finit - on le pressentait, par exploser, se répandant comme une traînée de poudre. Dupontel prend successivement les traits d’un homme qui bascule, façon Michael Douglas dans Chute libre, en claquant la porte de son boulot, puis d’un Serge Reggiani dans Vincent, François, Paul et les autres… qui en un tour de table fait la peau à tous ses amis. Mais à la différence de Claude Sautet, la surenchère du gigot sauce embrouille de Jean Becker décuple la force caricaturale du règlement de comptes, là où le réalisateur de César et Rosalie avait réussi à en préserver la force tranquille et bien plus percutante.

Le divertissant cocktail cynisme/violence auquel nous a habitué le jeu de Dupontel étant passé, le soufflé de la performance d’acteur étant retombé, que reste-t-il du film au final ? Pas grand chose. Juste un récit, une narration, mais pas de cinéma. On poursuit l’histoire du personnage principal dans sa route et ses déroutes, mais rien de plus que ne fait déjà le livre dont il est inspiré. Les images du film sont immédiatement appréhendées pour leur seule valeur narrative. C’est celui qui dit, qui y est filmé, caméra à proximité des corps, des corps qui ne font que parler. L’histoire n’étant ni originale, ni captivante, ça peut lasser.

Cela revient, et c’est a posteriori ce qu’on lui reproche, à désavouer le degré de complexité du cinéma et de richesse de l’image en particulier. C’est en cela que l’adaptation littéraire est un défi cinématographique, souvent périlleux : qu’apporter de plus que ce que l’imagination immédiate du lecteur n’engendre déjà ? La narration est un pan important, certes, mais – et c’est banalité de le dire - le cinéma ne repose pas uniquement sur elle. Quand Albert Lewin fait Le Portrait de Dorian Gray, exemple d’adaptation littéraire parmi tant d’autres, il apporte de la profondeur au sens propre (profondeur de champ quasi constante dans le film) comme au figuré (multiplicité des lectures, des interprétations et des symboles dans l’image). Jean Becker semble, lui, avoir délaissé ce qui différencie la littérature du cinéma, en donnant à voir une image plate, au service des dialogues seulement.





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