Retour à Gorée 
Article de Agathe Catherine
Impulsé par les deux fils conducteurs du projet comme du film, Retour à Gorée constitue un véritable voyage initiatique.
Portés par ce désir commun de renouer avec les origines du jazz et d’effectuer, par la musique, son parcours géographique et historique d’irrigation des musiques et cultures ultérieures, le chanteur Youssou N’Dour et le pianiste Moncef Genoud ont confié au cinéaste Pierre-Yves Bourgeaud le soin de mettre en branle le train cinématographique qui relie l’île de Gorée à elle-même.
Ce parcours en boucle mènera les deux musiciens de Gorée à Atlanta, puis au Luxembourg, en passant par New Orleans et New York, et chaque étape sera l’occasion d’une rencontre musicale différente qui nourrira le projet et le répertoire de l’ultime concert donné à Gorée.
L’originalité du film est qu’il est un chantier en construction qui donne à suivre un autre chantier, également en cours. Les différentes étapes qui jalonnent ce cheminement artistique sont une découverte pour le spectateur mais aussi pour le cinéaste et pour Youssou N’Dour lui-même. Les musiciens, sautant dans le train « en marche », se greffent avec plaisir à ce projet qui questionne les origines de leur musique de prédilection, apportant chacun leur propre regard sur celui-ci, leur propre façon de le faire partager. Et c’est cette singularité que filme le cinéaste en intégrant, à chaque nouvelle rencontre, par des entretiens, la parole nourricière de ces musiciens qui vient alimenter le train musical.
Ce retour aux sources, cette quête des origines d’une musique qui a bercé et nourri des générations d’artistes, se résout lors d’une scène majestueuse et intense de chants et percussions. Filmant de très près les visages et les corps des chanteurs baignés dans une obscurité quasi-totale, le cinéaste crée alors une scène de transe, une sorte de plongeon dans l’Inconscient collectif de générations de jazzmen qui opère alors, pour le sénégalais Youssou N’Dour le lien évident entre l’Amérique et l’Afrique, entre le présent et le passé. Le train peut alors achever sa course et retourner à Dakar.
L’idée de la boucle, inhérente au projet, est exploitée avec beaucoup de talent et donc de force. Un magnifique travelling circulaire puis arrière, au début du documentaire, nous éloigne du groupe de percussionnistes de Gorée, comme pour signifier, de manière quasi sensorielle, physiologique, l’idée de départ et celle d’arrachement qui lui est liée. Sorte de cœur dont les pulsations donnent son tempo et sa légitimité au film, ces percussionnistes feront l’objet d’une seconde rencontre, lors du retour sur l’île. Ces retrouvailles, enrichies d’une maturité gagnée à travers ce voyage, seront alors chargées de toute l’énergie concentrée, canalisée durant ce parcours. C’est cette formidable énergie artistique qui éclatera lors de l’ultime concert, se répandant, à travers la caméra de Bourgeaud, dans les rues de Gorée, là où elle avait puisé sa source.