Deux sœurs pour un roi (The Other Boleyn Girl)


Deux sœurs pour un roi (The Other Boleyn Girl)

Un film de Justin Chadwick

Avec Natalie Portman, Scarlett Johansson, Eric Bana, Jim Sturgess, Mark Rylance

Article de Jean-Max Méjean 2 étoiles



Ca commence à ressembler au tiercé, mais dans le désordre. En effet, après Elizabeth (de Shekhar Kapur), voici la vie de son Barbe-Bleue de père, Henry VIII, sous ce titre qui continue la tradition du jeu de dames, Deux sœurs pour un Roi (in english, The Other Boleyn Girl est beaucoup plus précis, mais moins ludique...).

Tiré du roman de Philippa Gregory (paru aux éditions de l'Archipel, en France), le film raconte fidèlement un épisode de l'Histoire de l'Angleterre que je connais mal, mais je ne suis pas une référence, et qui est la cause de la séparation du Royaume et de la papauté à la fin du XVe siècle. Même s'ils font grincer pas mal de dents historiennes et cinéphiles, on ne peut pas dire que je déteste ce genre de films qui ont au moins le mérite de rafraîchir ma mémoire maintenant défaillante.

Impeccable surtout pour le choix des décors et des costumes (chapeau à Sandy Powell qui avait déjà réalisé les costumes, on s'en souvient, de Shakespeare in Love de Hoh Madden ou encore de Gangs of New York et de Aviator de Martin Scorsese, et des Ailes de la Colombe de Iain Softle). Le casting aussi est assez impeccable, avec deux stars, une brune et une blonde, dans les rôles titres, mais surtout un magnifique Eric Bana et une très émouvante Kristin Scott Thomas.

Alors de quoi ce film souffre-t-il ? Peut-être d'un scénario un peu trop cousu de fil blanc et surtout d'un manichéisme hérité du roman qui ne fait pas non plus dans la dentelle en dressant de ces deux sœurs Boleyn des portraits finalement très stéréotypés : la douce et pure colombe, Mary interprété par Scarlett Johansson, moins sulfureuse que dans Match Point de Woody Allen qui lui allait pourtant très bien, et la sorcière manipulatrice, Anne, Natalie Portman très photogénique aussi. Peu de gens en France connaissaient, je parie, l'existence de la douce Mary dont Henry VIII s'éprit très vite et qui lui donna une fille, qui allait devenir la célèbre Elizabeth donc, et qu'il épargna dans sa furie destructrice, alors qu'il fit trancher la tête d'Anne, accusée de sorcellerie et d'inceste avec son propre frère. Je ne pus m'empêcher, à la vision de cette épopée, de penser à la cour royale anglaise qui fait tant de chichis avec ses carrosses et ses châteaux, en comparaison avec la cruauté et les manigances de ses illustres prédécesseurs. Mais bien sûr, aucun pays n'est à la traîne en matière de cruauté, pas même la France championne des droits de l'Homme et donneuse de leçons.

Un film qu'il faut recevoir comme une bonne leçon d'histoire, sans prétention, et on attend la bonne âme qui remontera encore le temps pour nous raconter maintenant la vie du papa d'Henry VIII, Henri VII Tudor, qui était quand même plus maigrelet et fréquentable. Ou pourquoi pas, celle de Dagobert, ce Franc qui avait mis sa culotte à l'envers. Tant il est vrai que l'Histoire est riche d'histoires et de lieux magnifiques pour y tourner des films en décors naturels. C'est ce que voulut ici le réalisateur, Justin Chadwick, pour ce premier film. On ne lui reprochera donc pas d'avoir tourné ce drame sur les lieux mêmes des crimes : notamment l'église de Saint Bartholomew ou encore Knole House qu'Henry VIII avait confisqué à l'archevêque de Canterbury.


Fiche du film


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