Soyez sympas rembobinez (Be Kind Rewind)

Soyez sympas rembobinez (Be Kind Rewind)

Soyez sympas rembobinez (Be Kind Rewind) 3 étoiles

Un film de Michel Gondry

Avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover, Mia Farrow

Article de Laurence Gramard

Le dernier cadeau de Gondry l’enchanteur est une joyeuse déclaration d’amour au cinéma.


Be Kind, Rewind. Quelques mots qui sonnent comme un refrain. Assurément celui d’un hymne. Car Be Kind Rewind est un film-hommage au cinéma, à sa diversité et à son inventivité. L’imagination de Michel Gondry a une nouvelle fois arrosé la pellicule avec générosité pour livrer un regard amoureux sur cet art hétéroclite. Le film se présente comme une comédie plus facile d’accès que ses précédents délires filmiques Eternal Sunshine of the spotless mind et La science des rêves.

Be Kind Rewind ou sa traduction un peu lourde « Soyez Sympa Rembobinez », se lit d’abord sur l’enseigne et les tee-shirts des employés d’un vidéo club du New Jersey « old school » (entendez « qui ne loue toujours que des VHS »). La boutique de films tenue par un certain Danny Glover (qui joue le personnage de M. Fletcher) devient soudainement l’antre d’un spectacle déjanté lorsque Mike (Mos Def) s’aperçoit que les vidéos ont toutes été effacées par son ami Jerry (Jack Black), devenu « magnétique » suite à l’attaque d’une centrale nucléaire. Le duo improbable entame alors une course cinématographique des plus audacieuses : tourner leur propre version des œuvres disparues !

L’art de la « swedisation », expression inventée sur le fil par Jerry face à l’engouement de la ville pour les remakes artisanaux, ne tardera pas à devenir culte. Si « sweder » signifie pour les réalisateurs improvisés victimes de leur succès, « en attente de tournage », la formule reflète surtout la force inventive de Be Kind Rewind. La spirale infernale des tournages-bricolages qui s’accélère au fil des séquences, produit un plaisir grandiose ! King Kong, Ghostbusters, 2001 l’Odyssée de l’espace ou encore Men in black s’offrent une seconde vie typiquement gondrienne, faite de carton-pâte, de vieux vêtements et d’aluminium.

Les réalisations en série des blockbusters (pour la plupart), dans un souci principalement économique, forment un clin d’œil mi-parodique mi-amoureux à l’industrie cinématographique hollywoodienne . Les rôles de Danny Glover en « patron des vidéos », de Mos Def en son gardien et de Jack Black en « rénovateur » du cinéma, autorisent à penser le film en plusieurs degrés d’interprétation. Devant l’urgence et le succès, les remakes créés se partagent deux genres dominants : l’action et la comédie. Gondry amoncelle les scènes dites « cultes » et s’amuse à flatter la mémoire du public. La reprise de ces scènes fait sentir le désir du cinéaste d’inviter le plus grand nombre dans son univers, souvent accusé d’être réservé aux « happy few ». Le cinéma se partage avant tout !, semble joyeusement fredonner Michel Gondry avec Be Kind Rewind. A Passaic, quartier où se déroule le film, les tournages et les diffusions des remakes se font d’ailleurs en communauté.

Bien sûr, la vision allègre et optimiste du film peut, parfois, donner l’impression de flirter avec un certain sentimentalisme. Or, ce serait sous-estimer Michel Gondry que de s’en tenir à ce regard. Be kind Rewind se positionne davantage comme un hommage au cinéma.Si sa réalisation et son montage se révèlent très classiques, c’est pour mieux faire sentir le contrepoint produit par les films inventifs créés. Le cinéaste interroge non seulement le cinéma dans toute sa grandeur, mais également son propre cinéma. Michel Gondry met en abyme son style artisanal, traversé par un imaginaire en pleine ébullition. Be Kind Rewind s'aborde ainsi comme un "métafilm" réflexif. Le réalisateur ne se contente pas de semer gratuitement les références, il apporte sa vision critique du cinéma. Dans le monde de Michel Gondry, acteurs et publics, producteurs et  consommateurs,  professionnels et  amateurs fusionnent sous l'effet d'une même magie: la passion.

Un peu comme Bruno Latour propose de le faire avec la sociologie, Michel Gondry propose de refaire du cinéma pour changer de cinéma. Son étroite relation avec le continent américain lui permet de porter ses ambitions au delà du stade de l’imagination… En édulcorant par la comédie, grincements cyniques et discours désenchantés, le cinéaste signe avec Be Kind Rewind une oeuvre réfléchie, critique et divertissante. Intelligent.

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