Le Roi et le clown (King and the Clown)


Le Roi et le clown (King and the Clown)

Un film de Lee Jun-ik

Avec Woo-seong Kam, Jin-yeong Jeong, Seong-Yeon Kang

Du rire, du jeu, des larmes, du sang, la folie qui guette : Le roi et le clown, gros succès coréen, est un pur délice qui mérite d’être découvert.

Article de Nicolas Lemâle 3 étoiles



Dans un premier temps, il faut saluer l’audace du distributeur « Equation », qui prend le risque de sortir en France et en salles un film en costumes sud-coréen. Même si le pays du Matin Calme est depuis quelques années « tendance », les long-métrages locaux sont d’ordinaire condamnés à une sortie DVD, même pour les plus réussis d’entre eux. Le roi et le clown a été, comme The Host, l’un des événements populaires les plus inattendus du box-office coréen, attirant proportionnellement autant de spectateurs qu’Astérix et Cléopâtre en France.

Le film se déroule au XVIe siècle et suit le parcours de deux saltimbanques, Jang-Seng et Gong-gil, possédés par le démon de la comédie, qui se mettent en tête de railler le Roi et sa cour dans leurs spectacles itinérants. Ce qui ne marche que trop bien puisque, après avoir été arrêtés, ils doivent à présent le faire rire, lui. Or, le Roi Yon-San est fou, ou en train de le devenir, rongé par un complexe d'Oedipe non résolu et une paranoïa grandissante...

Le long-métrage de Lee Jun-Ik (Hi Dharma) se situe, comme bon nombre de films coréens, à mi-chemin entre la comédie picaresque, presque rabelaisienne, et la pure tragédie. Au fil d’une reconstitution historique somptueuse, la première heure rappelle ainsi par bien des aspects le Ridicule de Patrice Leconte. Le pouvoir de la création, des jeux d’esprit, est dans un premier temps magnifié. Le rire, qui devient pour la petite troupe de comédiens une arme, se révèle être à double tranchant lorsqu’il se fait le révélateur d’une folie latente. Les spectacles comiques sont autant de points d’ancrage qui font avancer le récit, en révélant la corruption, les déviances sexuelles qui agitent la cour royale. Le trouble homosexuel amené par le physique androgyne de Gong-gil est par ailleurs un moteur narratif inépuisable, puisqu’il va provoquer l’intérêt du Roi pour le sexe fort, la jalousie de sa concubine, tout comme celle de Jang-Seng. Masochisme physique, sentiments tourmentés... l’oeuvre s’enfonce dans la noirceur, avant un sursaut de vie final en forme de déclaration d’amour à l’art.

Le film est émouvant, ambitieux sans être prétentieux. Lee Jun-Ik ne recherche pas le faste, et s’en tient au décor de sa cour, au coeur d’un palais labyrinthique et étouffant qui finit par ressembler pour les deux héros à une prison à ciel ouvert. Il manie également avec habileté les symboles visuels servant à souligner les liens et les motivations de ses personnages : le roi brandit ainsi à plusieurs reprises son épée en direction de la caméra, comme pour souligner une virilité qui va pourtant voler en éclat. De même, la corde de funambule montrée dans les spectacles relie littéralement Jang-Seng et Gong-gil, réunis au-dessus des hommes et des lois. Emmené par un quatuor d’acteurs au jeu extraverti mais à l’énergie communicative, Le roi et le clown est une réussite indéniable et surprenante. On comprend que les Coréens se soient emballés en nombre pour cette oeuvre qui revisite si subtilement leur passé.


Fiche du film


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