Paranoid Park




Dans Paranoid Park, Gus Van Sant se glisse une fois encore dans les méandres de l’esprit adolescent. Tortueux, difficile, parfois incompréhensible, il nous dépeint Alex, jeune skateur en conflit avec sa conscience. Ce dernier a en effet tué, de manière accidentelle, un agent de sécurité. Après la peur, l’angoisse, le jeune garçon décide de se taire, portant seul ce lourd fardeau.

Sur fond de musiques très éclectiques (punk, classique, blues,…), Alex évolue dans un univers bien particulier, propre à Gus Van Sant. Son monde est restreint et le nombre des gens qui le composent l’est encore plus. Il erre entre chez sa mère, le lycée et le très « fameux » et très malfamé skatepark, le Paranoid Park. Il vagabonde et semble se laisser porter plus qu’il n’agit.
Comme dans d’autres films du réalisateur, les adultes sont quasiment absents de la partie. La mère traverse l’écran juste quelques secondes et le père ne fait, lui aussi, qu’une courte apparition. La seule personne issue du monde « des grands » est incarnée par l’inspecteur de police, figure d’autorité. Le monde réduit aux seuls « enfants » nous fait alors comprendre que ces derniers se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans véritables repères, sans personne vers qui se tourner. Sensation étrange d’un ensemble auquel il manquerait une partie, d’un puzzle dont une pièce aurait disparu.

Gus Van Sant nous fait donc entrer dans l’esprit labyrinthique d’Alex, construisant d’ailleurs son film en authentique labyrinthe. Ce dédale a pour fil rouge une lettre. Celle qu’écrit Alex. Mais à qui ? Pourquoi ? Le film nous laisse volontairement flotter sans que nous ne sachions réellement quel est le moment présent. Nombreux sont les flashbacks mais aucun ordre chronologique ne semble respecté pour les unir. Tout devient flou.

Mais parfois trop. Le réalisateur ne donne pas de piste afin de comprendre (ou du moins d’essayer) le mécanisme d’Alex. Pourquoi agit-il ainsi ? Gus Van Sant ne semble tout simplement pas s’en préoccuper. Il ne paraît pas vouloir aborder le sujet, comme si cela lui était indifférent. Il se concentre alors essentiellement (exclusivement ?) sur la forme, au détriment du fond. Paranoid Park devient dès lors une œuvre d’art au sens plastique du terme. Le film est très riche en ralentis, retours en arrière, gros plans…L’image est très travaillée. L’esthétique est au rendez-vous, Gus Van Sant maitrisant toujours (de mieux en mieux ?) sa caméra, son univers, sa touche qui fait le petit plus.
C’est un vrai plaisir pour les yeux et les oreilles, car il faut bien l’admettre, la bande-son n’est pas en reste. Gus Van Sant a porté un soin tout particulier à la musique. Chaque morceau correspond très justement à l’humeur, à l’état d’esprit de notre jeune héros et l’accompagne, comme un personnage à part entière. La chanson (française d’ailleurs) qui entoure l’épisode d’ouverture au skatepark donne une sensation aérienne au spectacle et sublime véritablement la scène.

Malheureusement, la beauté formelle ne fait que davantage ressortir la « pauvreté » du fond. On aurait préféré que le réalisateur aille plus en profondeur dans l’espoir de pouvoir interpréter les réactions d’Alex et son choix, loin d’être facile et évident.
A travers Paranoid Park, c’est l’esprit de Gerry que l’on retrouve. L’esthétique est tout aussi sublime mais contrairement à Gerry, le support est quelque peu absent et la finalité de la forme ne se fait donc pas sentir. Paranoid Park ressemble trop à un exercice de style.
Le pourquoi du comment manque au récit et le spectateur reste dans l’attente de quelque chose, sortant de la salle quelque peu frustré, comme si le réalisateur le privait d’une chose essentielle.


Fiche du film


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