Les Fantômes de Goya




8 ans après Man on the Moon qui confirmait davantage l’attrait du cinéaste pour les personnalités atypique, Milos Forman nous revient avec Les Fantômes de Goya, fresque historique sur les temps troublés de l’Espagne du 18ème siècle, du point de vue du célèbre peintre. Avec pareil sujet c’est avec appréhension que l’on pouvait légitimement s’attendre à un passage en revue didactique de l’œuvre de Francisco Goya. Cependant il n’en est rien, Milos Forman prenant le parti de concentrer son récit aux personnages annexes peuplant l’H/histoire, le peintre centralisant les multiples intrigues en seconde partie du film. De fait, le film de Milos Forman s’attache plus aux « fantômes de » qu’à Goya lui-même, ce qui aurait pu se révéler être une excellente initiative si le film ne se fourvoyait pas en vain dans une intrigue laborieuse se voulant témoin du moment.

Au centre de la tourmente donc, Francisco Goya, peintre à la cour, dont l’entrée en la matière nous fait oublier ces débuts plus modestes. Le reste est hasardeux : Inès, sa muse, est prise à parti par l’autorité religieuse en place et le frère Lorenzo, personnage embusqué et ambiguë, appelé à l’aide, ne facilite en rien les démarches, justifiant ses choix par la sainte autorité à respecter.

Face à un babillage incessant qui n’a d’autre conviction que de se convaincre soi-même, beaucoup auront déjà renoncé à trouver un quelconque intérêt à la chose quand d’autres se rattraperont sur la reconstitution historique pour justifier le déplacement. Non vraiment, Milos Forman s’est visiblement égaré, et pourtant rien n’aura semblé entraver sa liberté de mouvement. Comme un dernier caprice trop vite accordé, le réalisateur joue avec les décors cartons-pâtes, fait parader ses acteurs tous plus ou moins absents, s’amuse de ses figurants s’agitant vainement devant sa caméra et achève surtout… de ne rien raconter. L’intrigue est d’une rare vacuité, peignant avec peine les derniers instants d’un régime autoritaire et le sentiment de liberté qui y mit fin. De fait, Milos Forman n'arrive pas à concilier le contexte historique qu’il souhaite illustrer (la fin de l’Inquisition, les idées nouvelles issues de la Révolution) et les divers personnages censés le représenter. L’intérêt et les enjeux s’étiolent progressivement et les acteurs engagés pour répondre du projet se perdant dans des incarnations peu convaincantes : Javier Bardem appuie son jeu de lourds moments de silence et de froncements de sourcils, Natalie Portman est gâchée par un rôle ingrat et mal écrit, et Stellan Sarsgard (le comble pour un rôle-titre !) passe au second plan sans que le scénario soit suffisamment malin pour justifier pareil traitement.

En fait, la partie la plus intéressante du long-métrage se situe là où le scénario s’emploie à se jouer du caractère hypocrite de l’Eglise et de ses méthodes, retournant la logique barbare incriminant des innocents à ceux qui la mettent en place. La « question », doux euphémisme de torture, se voit ainsi dresser un réquisitoire tardif, seul moment réellement porté par le sentiment de révolte revendiqué par le film, par ailleurs étouffé dans le sang. On peine à s’intéresser aux destins des protagonistes qui par la suite, changent, se croisent, se perdent et finissent éparpillés malgré la bonne volonté du scénario, réinventant pour l’occasion Goya en Jean Valjean dépassé par les évènements, voulant réparer les erreurs qu’un statut privilégié aurait pu empêcher par le passé.

La démonstration est clairement vaine, mais effleure avec le souci de la copie quelques épisodes de la vie de Goya, notamment sa cécité et l’histoire entourant certaines peintures. En vain puisque ce n’est généralement que pour relâcher la pression et servir d’entre-deux comique, comme en témoignera la scène révélant son travail au service de la Reine.

Etait-ce trop ambitieux de la part de Milos Forman de vouloir réaliser une fresque historique sur fond d’Inquisition ? Certes non, mais au final, sa version des Misérables en Espagne, combinant choix de récits secondaires peu inspirés, direction d’acteurs plus que légère et tambouille habituelle de galères et d’espoirs, nous rappelle singulièrement que même les plus vieux artisans peuvent perdre en talent.


Fiche du film


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