Shortbus




Gros plan sur la statue le la Liberté puis des gratte-ciel. Nous sommes à New-York, ville apparaissant ici comme en carton-pâte toute chétive. New-York qui abrite des personnages à la vie sexuelle et sentimentale égarée. A l’intérieur de la Big Apple, une adresse fédère cette galerie de citadins trentenaires en crise : celle du Shortbus, club qui emprunte son nom au bus scolaire réservé aux enfants handicapés ou surdoués, nécessitant des attentions toutes particulières et lieu underground où la chair s’exprime sans le moindre détour.

Une sexologue ou conseillère conjugale, un maître nageur gay, un mannequin, un ancien maire… Des êtres au profil bien différent mais un dénominateur commun les réunit : la quête d’un épanouissement du cœur et du corps. Orgies, phallus, auto-fellation, exploration de toutes les positions et fantasmes, la chair est bel et bien omniprésente dans le deuxième long métrage de John Cameron Mitchell. S’il est libéré de tout tabou, le sexe est filmé d’une façon, somme toute, prosaïque, résultat de la volonté du réalisateur à explorer la sexualité avec franchise. Pas pudeur, ni de déballage outrancier à la manière des films X mais du naturel. Pari réussi. La chair mise à nu est décomplexée et déculpabilisée, notamment grâce au travail des acteurs conçu en amont et à partir d’improvisations mais derrière tout ça ?

Pour John Cameron Mitchell, la sexualité est une métaphore des autres aspects des personnages à l’instar de cette giclée de sperme qui se fond parmi les autres traits de peinture de la toile de Pollock. Ici, elle est révélatrice de leur mal être. Sofia n’a jamais connu l’orgasme et part à sa quête, aidée de Severin, dominatrice au cœur fragile et qui se balade perpétuellement avec son polaroïd, à l’affût de spontanéité. Tandis que l’un des personnages recherche la jouissance, l’autre tente de sortir de sa solitude. Jamie, maître nageur en couple depuis cinq ans avec James, décide de nouer une relation sexuelle à trois en faisant la connaissance de Ceth. Certes entouré et aimé, Jamie n’en demeure pas moins seul et triste. Post coïtum, animal triste.

Les contrariétés, les sentiments de désespoir et de solitude sont confiés dans le cabinet d’une sexologue, dans l’étroitesse d’un sauna, d’un placard ou enfermés une vidéo, clin d’œil patent à Jonathan Caouette, mais le film n’enclenche jamais la vitesse supérieure. L’intrigue, parfois flanquée de dialogues à l’humour trivial, ne parvient pas à exploser et ne fait que capoter pour finalement tourner en rond à l’image de cette auto-fellation du début du film.

La scène semblant marquer le point final à la dépression de Jamie suscite un intérêt malheureusement trop vite noyé. Le long métrage s’essouffle rapidement et croupit dans des scènes à répétition où ça continue de baiser et de partouzer ici et là, au milieu d’un capharnaüm qui ne dégage qu’insignifiance et vacuité. En dépit des apparences, Shortbus s’avère dénué de grandes audaces et de verve tant dans son propos que dans sa charpente finalement très convenue.


Fiche du film


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