Les Enragés (Knallhart)




Séparée de son amant nanti, Miriam se voit contrainte de quitter la maison de ce dernier pour s’installer dans un quartier populaire de Berlin avec son fils, Michael. Mais l’adolescent se heurte à l’animosité d’Erol et de sa bande qui lui font subir maintes violences. Coups et blessures, racket et happy slapping ne sont malheureusement pas étrangers à Michael, nouveau venu à Neukölln, petite banlieue de Berlin.

Les Enragés met en scène la déchéance de cet adolescent au visage et au corps ecchymosés. Balafrée, son âme n’a pas non plus été épargnée. Le sang afflue et défigure le jeune personnage tandis que les larmes sont terrées, à l’intérieur, pudiquement. Pas de saint à qui se vouer, ni d’adulte sur qui compter car les parents sont abonnés aux grands absents. D’un côté, Miriam demande de l’argent à son fils, de l’autre, le père de ses acolytes, Crille et Matze, n’est là que pour les battre. La tête à l’envers, le monde de Michael tente d’avancer comme il peut ou au moins, de se maintenir debout dans les bas-fonds de Berlin.

Fouillé, le film de Detlev Buck s’inscrit dans une réalité qui ne se contente pas de montrer une violence sans ambages. Au milieu de cette atmosphère emplie de brutalité se trouvent une jeunesse et son innocence frêle et éphémère, filmée avec une très belle authenticité grâce, notamment, à la composition toute sobre et intériorisée du jeune David Kross. Le contraste entre cette violence citadine et la candeur des plus jeunes offre de magnifiques scènes. Les Enragés présente l’intelligence de ne pas enliser ses personnages dans les clichés en les faisant mouvoir sans cesse entre clarté et noirceur. Ainsi Erol, chef de bande au coup de poing facile, présente également sa part d’humanité.

La souffrance de Michael est enfouie dans un silence, mais c’est avec des notes de Stravinsky que s’ouvre le film. Puis, plus tard, lorsque le désir de mener une vie simple et insouciante traverse Michael, une chanson de Beck s’immisce joliment dans le film. Seulement la musique, souvent assourdissante et surtout très stéréotypée, est utilisée à tout crin et finit par étouffer le long métrage. Les rythmes tapageurs s’avèrent certes en adéquation avec le titre, mais le contenu, trop lisse et parfois prévisible, ne présente au final que peu de cohérence avec ce dernier.

Soucieux d’une véracité, Detlev Buck s’est longuement et richement documenté avant de réaliser Les Enragés, exploration ancrée dans une actualité des milieux urbains, crapuleux et inhospitaliers, mais il manque cruellement, tout au long du film, un immense souffle frénétique.


Fiche du film


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