Le Goût du riz au thé vert (Ochazuke no aji)

Le Goût du riz au thé vert (Ochazuke no aji)

Le Goût du riz au thé vert (Ochazuke no aji) 2 étoiles

Un film de Yasujiro Ozu

Avec Michiyo Kogure, Shin Saburi, Koji Tsuruta

Article de Samir Ardjoum


C’est un fait, Ozu coréalise des films avec l’accord de Dame Nature. Ses films sont des feuilles claires et lisses dont nous aimons caresser la texture d’un trait délicat. Représentation de la vie sous toutes ses formes, l’œuvre limpide de Yasugiro Ozu continue, des heures après la projection, d’apaiser nos sens les plus fous. Fil ténu d’une vie quasi perceptible, fil grandiose d’un événement ordinaire filmé d’une manière extraordinaire, les mots cohabitant avec les images dans une parfaite harmonie cinématographique. Un silence, des pas lents et doux, une caresse un rien minimaliste qui allège les aléas de la vie. Tout Ozu respire la délicatesse des saisons, les changements météorologies et les constructions urbaines. Rien que pour cela, il est primordial de se laisser bercer par les ronrons simples de la vie en mouvement. L’action y est dépouillée, les émotions sont dessinées à la craie blanche et la mise en scène planifie tout cela par des soubresauts adorablement légers. Ozu filme comme personne les rebondissements du destin car il ne les apprivoise pas, il les laisse filer sans heurter la sensibilité du spectateur.

Mokishi et Yoshiko. Deux prénoms, deux visages, deux sourires qui se sont effacés au fil du Temps, regards vite dispersés au profit d’un quotidien morne et sans envie. Infidélité du mari pour son emploi envahissant, éloignement volontaire de l’épouse au profit de nombreuses après-midi futiles où les moqueries de ses amies fusent de toute part. Deux êtres perdus dans un couloir, cul-de-sac étourdissant qui ne fait qu’alimenter la tristesse de ces âmes perdues. Puis, le destin s’en mêle et plonge ce couple épatant dans un tourbillon démesuré dont le seul but est de remettre au goût du jour la clarté de leurs sentiments premiers.

Dans Le Goût du riz au thé vert, Ozu convoque l’un des thèmes les plus fameux de la comédie du remariage, la lassitude dans un couple. A mille lieux du genre hollywoodien, il distille les travers d’une brouille qui devait un jour ou l’autre arriver. Réalité impressionnante d’une sophistication qui entraîne la monotonie des gestes exquis. Le Goût du riz au thé vert, titre élégiaque, renforce cette idée première qui consiste à définir les possibilités infimes du bonheur dans un couple. Ozu, cinéaste précieux, tisse une toile disparate où s’entremêlent de multiples pistes narratives, qui permettent au spectateur de ressentir une certaine affection bien trop longtemps perdue sous la masse de périodes sombres dues à un je-ne-sais-quoi de dérèglement. Ozu en est conscient et le prouve à maintes reprises dans un maelström de plans tous plus émotifs les uns que les autres. Deux personnages qui décident de jouer la carte de la patience. Leur vie ne sera plus comme autrefois, désordonnée, vulgaire, irréfléchie, précipitée, obscure, égoïste. Plus de tromperie patentée, orientation vers une création, vers un savoir-vivre, vers le respect de son prochain qui grâce aux forces mystiques de l’amour les portera en haut d'un piédestal.

Fiche Film

Logo IEUFC