J'ai pas sommeil

J'ai pas sommeil

J'ai pas sommeil 2 étoiles

Un film de Claire Denis

Avec Béatrice Dalle, Line Renaud, Laurent Grévill, Katerina Golubeva, Richard Courcet

Article de Morgane Postair


J’ai pas sommeil est un film tout à fait contemporain dans les thèmes qu’il aborde comme l’insécurité, les faits divers et leur impact sur une personne « lambda », l’immigration et tout ce qui l’entoure. Mais Claire Denis pose sur ceux-ci un regard bien particulier avec une manière très personnelle de les toucher.

Le film s’inspire d’un fait divers bien réel qui bouleversa le quotidien des parisiens dans les années 80. Il s’agit de l’Affaire Paulin-Mathurin, le « tueur des vieilles dames » comme on l’a surnommé à l’époque. Mais contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre, le tueur n’est pas le personnage principal, l’héroïne étant Daïga, jeune lituanienne qui a tout quitté pour venir tenter sa chance à Paris en tant que comédienne. C’est par son regard, et dans sa voiture, qu’on entre dans le récit et qu’on en ressortira à la fin. Tout au long du film, on la suit, rencontrant avec elle de nombreux personnages hauts en couleur comme ce jeune « tueur de vieilles dames », ce couple à la dérive, ce professeur de karaté (très drôle Line Renaud) qui apprend l’auto-défense à des femmes âgées. Tous vont être amenés à se croiser, à s’observer et de fil en aiguille, leurs trajectoires vont peu à peu se recouper.

La mise en scène de Claire Denis tire sa force dans les non-dits ; elle suggère, souffle le récit à l’oreille du spectateur sans rien lui imposer. Elle a aussi le pouvoir et l’intelligence de mener son film sans porter un regard manichéen sur ce fait divers. Cette position nous pousse d’ailleurs dans nos et l’on se surprend même à avoir une certaine difficulté à considérer le « tueur de vieilles dames » comme un véritable monstre.

Toute l’originalité de la cinéaste se trouve dans sa vision concentrique du film, constituant un noyau dur autour duquel gravite un certain nombre de personnes. Petit à petit, ces différents personnages et l’axe central du récit finissent par interférer. Et la magie finit par opérer. En utilisant la figure du jeu de l’oie qu’elle dit avoir appris aux côtés de Jacques Rivette, Claire Denis s’éloigne du fait divers et refuse par exemple de présenter le crime et le criminel dès l’ouverture du film. Elle repousse le meurtre afin que le meurtrier ne nous apparaisse pas instantanément comme un monstre car finalement, selon elle, ce qui fait « ce côté extraordinairement exaltant des faits divers, c’est la normalité ». Elle laisse donc au spectateur le temps d’intégrer cette normalité avant de le mettre devant les faits.

Cependant, la figure du jeu de l’oie fait parfois défaut à Claire Denis, notamment dans l’approfondissement de ses thèmes. La question de l’immigration est bien réelle dans J’ai pas sommeil par le biais des deux communautés, antillaise et slave. Néanmoins, on a le sentiment que la réalisatrice reste en surface. Le film aborde des sujets difficiles mais la réalisatrice ne les transperce pas totalement. On a cette impression d’être emporté dans un tourbillon, passant d’un personnage à l’autre, effleurant diverses questions et notions importantes, mais ce n’est qu’un effleurement.

Fiche Film

Logo IEUFC