Vendredi soir 
Article de Morgane Postaire
Une série de plans sur le soleil couchant colorent la ville d’un doux orangé et plongent petit à petit les toits au cœur de la nuit parisienne. Le décor est planté. C’est dans ce Paris, entre chien et loup, que le récit peut enfin prendre vie.
La ville marche au ralenti. Un embouteillage monstrueux paralyse le tout Paris. C’est au milieu de cette foule que deux corps se rencontrent. Le côté charnel envahit immédiatement l’écran et Claire Denis réussit le pari d’insérer une dose de sensualité au cœur de ces voitures à l’arrêt. La caméra accompagne les gens, fixe les visages. Le spectateur se sent alors invité à suivre, et partager d’un certain côté, la tranche de vie qui s’ébauche sous le regard et les pinceaux de la réalisatrice. C’est elle qui dirige et dessine peu à peu le film. En véritable artiste, elle s’attache ici au visuel, le récit étant parcouru de peu de dialogues ; le film pourrait être muet qu’il n’en perdrait pas son intensité. On n’a pas non plus affaire à une grande galerie de personnages et le scénario joue sur la simplicité. Vendredi soir porte exclusivement sur la rencontre. Celle de deux personnages, de deux corps. Rencontre qui semble se dérouler dans un monde à part, suspendue hors du temps et du réel ; mais qui, à la fois, pourrait arriver à n’importe qui, à nous spectateurs.
Les acteurs ne sont à priori pas des habitués des rôles de top models ou de grands séducteurs. Valérie Lemercier est ici regardée et appréciée pour la féminité, la grâce et la sensualité qu’elle apporte au personnage de Laure. Ces deux êtres qui nous ressemblent, ou pourraient nous ressembler, rendent ce désir encore plus fort et plus vrai. Le désir et le côté charnel sont parfaitement bien rendus par la caméra qui glisse sur les corps puis s’attarde sur une main, un détail de la peau, une cambrure… Les cadrages sont très précis et vont à l’essentiel, en l’occurrence les baisers, les caresses et la sensualité qui se dégage de ces deux corps qui se frôlent, se touchent puis se rencontrent.
Les étreintes sont fortes et passionnées. Le toucher est très présent. Ce côté tactile rend cette histoire à la fois passionnelle et pleine de tendresse. Les sens sont en éveil et ce sont les corps qui parlent. Les gestes sont les véritables mots du récit et s’entremêlant, ils forment le dialogue qui s’établit entre Laure et Vincent. Un appel aux sens qui ne laisse que peu de place au côté psychologique. Tout au long du récit, le spectateur ne se demande pas pourquoi Laure vit cette nuit là à la veille d’emménager avec celui qu’elle est censée aimer. Cela semble s’imposer à elle, à nous, comme une évidence.
Cette parenthèse de sensibilité mêlée de sensualité prend fin au petit matin, moment où la nuit lève son voile sur les toits de la ville. Paris est toujours la même, mais qu’en est-il de Laure et Vincent ?