Little Children




Dans l’apparente quiétude d’une banlieue bourgeoise américaine, la vie suit son cours, immuablement. Les enfants jouent dans les parcs, sous le regard bienveillant des mères, qui ne parlent que de leurs maris partis travailler. Leur vie semble presque parfaite. Lorsque Brad, jeune père au foyer, pousse la porte du jardin d’enfant, l’hypocrisie se délie. Lorsque Ronald, pédophile accusé de voyeurisme, est relâché, la bienséance pousse au crime passif. Dans cet entrelacement de destinées contrariées, les secrets, les rêves et les fantasmes de ces Américains volent en éclats…

Lieu cinématographique par excellence, la banlieue a souvent été le terrain de prédilection de toutes les psychoses de la middle class américaine (de American Beauty à Desperate Housewives). Todd Fields, acteur et réalisateur du remarqué In the bedroom explore ce microcosme avec un regard critique et ironique en filmant avec justesse la perte des repères des personnages. Inspiré du roman homonyme de Tom Perrotta, Little Children en est une libre adaptation. Loin de vouloir reproduire une resucée réchauffée de son roman, l'écrivain assista le cinéaste, donnant naissance à une deuxième oeuvre « originale ». Film choral, Little Children, entremêle les destinées de personnages emprisonnés dans le carcan de la vie banlieusarde. Tous les protagonistes (du pédophile tour à tour touchant et pathétique à l’ancien flic meurtri par un homicide involontaire) sont victimes des rumeurs des « bonnes gens », ces femmes au foyer désespérées, ces maris frustrés.

Sarah (Kate Winslet), sorte de Madame Bovary des années 2000, captive de son rôle de mère, emmène régulièrement sa fille Lucy au parc. Elle médit ses mères de famille si parfaites, qui sont pourtant loin de l’être. Pour les défier, elle accepte, le pari d’aborder Brad (Patrick Wilson, Hard Candy). À la place d’un numéro, ils échangent un baiser. Au fil de l’été, les rapports réservés de Sarah, malheureuse auprès de son riche mari qui fantasme devant des films érotiques et de Brad, écrasé par sa femme (Jennifer Connelly, Requiem for a dream), cinéaste carriériste et castratrice, se muent en amitié, puis en liaison torride. Les deux époux adultères tentent de vivre cette histoire, sans histoires, à l’insu des habitants du quartier. Entre échappatoire et amour, lequel des deux est réalité ? Ce couple adultérin consumé par le désir bouleverse les valeurs manichéennes pour vivre un amour par-delà le bien et le mal. Les enfants, les seuls encore innocents, sont devenus les catalyseurs de tous les symptômes. L’occasion pour Todd Field d’ausculter les névroses au scalpel.

Paradoxalement, la légèreté de ton avec laquelle le cinéaste aborde une atmosphère pesante et étouffante est la force de son propos. L’écriture change de registre au moment où l’on s’y attend le moins, faisant résonner le paradoxe de ces vies aux bords de l’implosion. Tel un roman au parfum enivrant de scandale, le film s’amuse à fissurer subrepticement l’image d’Épinal de l’idéal américain. Si la critique de Todd Field d’une Amérique pervertie est moins tonitruante que celle d’un Michael Moore, elle est plus subtile et tout aussi efficace. Pas besoin de dire plus que ce qu’il montre. Une impression renforcée par l’utilisation d’une voix off judicieusement exploitée. À fleur de peau, la caméra immortalise le grain de ces corps qui luttent contre cette détresse. Grâce à ce mélange parfaitement dosé entre légèreté et gravité, cette tragédie contemporaine garde le rythme des 2h20. Sans longueurs ni digressions, ce long-métrage, présenté en Compétition au 32e Festival du Film américain de Deauville en 2006, tient en haleine jusqu’au final, néanmoins quelque peu raté ou du moins imprévu. Il a toutefois le mérite de ne pas signer un énième « Happy End » !


Fiche du film


Logo IEUFC