The Wicker Man


The Wicker Man

Un film de Robin Hardy

Avec Christopher Lee, Edward Woodward, Ingrid Pitt, Diane Cilento

Article de Jérémy Duchâtelet 2 étoiles



Considéré comme un film culte, The Wicker man a été longtemps une œuvre pratiquement introuvable seulement connue d’une communauté restreinte de fans, amplifiant du même coup son caractère « légendaire ». La sortie du remake de Neil Labute, en 2006, ne fera que remettre sur le devant de la scène une œuvre quelque peu oubliée mais très représentative de la vitalité du fantastique anglais de l’époque.

Le générique du film n’est pas à l’image de ce qui va suivre. Il nous montre un policier, Howie, survoler en hydravion de sublimes îles au large de l’Ecosse. Un aspect carte postale qui ne sera pas pour déplaire les amoureux de la nature, le cinéaste cherchant à magnifier les paysages, mais qui contraste avec la quête du policier, parti avant tout enquêter sur la disparition d’une jeune fille sur Summerisle, une petite île coupée du monde. Dès lors, le héros s’apprête à entrer dans un monde qui dépasse son entendement chrétien. Car il n’est pas exagéré de parler ici de choc des cultures tant Robin Hardy s’attache à décrire les pratiques religieuse de l’île sous un angle quelque peu désinvolte mais ô combien audacieux.

D’abord accueilli indifféremment par les insulaires, le flic ne tardera pas à se heurter à la non-coopération et la bizarrerie des habitants de l’île. A ce titre, la séquence où le protagoniste déambule au milieu de couples s’adonnant au plaisir de la chaire est éloquente, avec en point d’orgue l’image de cette femme se morfondant nue sur une tombe, un comble pour notre homme d’église ! La scène suivante où Willow, la fille du tenancier du « green man », joue de ses charmes pour amadouer Howie ne fait que confirmer cet état de fait : notre bon policier s’est embarqué dans un voyage particulier. Quelque peu troublé par les avances de la jolie Willow, Howie parviendra néanmoins à ne pas dévier de son enquête et de ses convictions religieuses.

Par la suite, il découvrira la véritable nature de l’île. Un lieu et des habitants entièrement voués au culte de la nature. Il aura bientôt à faire au lord Summerisle (l’inquiétant Christopher Lee) en personne. Pour faire un film sur les religions comparées, rien de telle que la description de personnages que tout oppose. Ainsi, Howie peut être considéré comme le garant de la bonne morale, obsédé par sa religion et ne tolérant aucun blasphème. Mais ses certitudes se heurtent aux mœurs locales. Considérée comme hors-la-loi par le gouvernement écossais, l’île apparaît donc comme un monde à part dans lequel Howie perd tous ses repères. Lord Summerisle, lui, est certes un personnage ambiguë, mais néanmoins tolérant par rapport aux convictions religieuses de chacun. L’inflexibilité et la rigidité chrétienne s’oppose donc à une idée du paganisme comme une religion libre et riche en symboles (le saut des jeunes filles nues par-dessus le feu, favorisant soi-disant la fertilité, le Dieu du soleil et la déesse des vergers) mais néanmoins douteuse quant à l’utilisation de celle-ci à des fins prospères (ici, l’abondance des cultures).

C’est là que l’intrigue amorce un virage à 180 degrés. Le flic suspecte en effet le sacrifice de la jeune fille et fera tout pour la sauver, n’hésitant pas à infiltrer leur procession déguisée jusqu’à l’horrible final. Dès lors, le film assume son côté horrifique, non pas sur le plan graphique mais plutôt « symbolique », Hardy et son talentueux scénariste Anthony Schaeffer (le limier, frenzy) préférant s’attarder sur la folie des habitants, prêts à accomplir l’impensable pour assurer la pérennité de leur île. Ce qui fait froid dans le dos, c’est bien la banalisation du mal. Ici, point de monstres ou démons issus de la mythologie celte mais des personnes que l’on pourrait croiser dans la rue, voulant pratiquer leurs actes en toute innocence, bien qu’ils ne soient pas cautionnés par l’Eglise. Et c’est bien cela qui effraye à ce point, le mal revêtant la forme d’hommes, d’enfants, de vieillards de femmes qui n’ont absolument rien d’extra-ordinaire.

The Wicker man est un film lucide et subtil sur les religions. Ici, point de mise en scène tapageuse mais une rigueur documentaire de tous les instants, Hardy travaillant essentiellement ses plans à l’épaule. La photographie participe aussi pour beaucoup à la mise en valeur des paysages et, paradoxalement, à l’ambiance trouble régissant l’île. Le film vaut surtout pour son final désespéré et cruel qui ne manquera pas d’en troubler plus d’un et révolter certains quant à la légitimité de certaines pratiques religieuses. Insolite et inquiétant jusqu’à sa terrible conclusion, The Wicker man réussit l’exploit d’être un film intemporel de par son sujet délicat sur les religions et leurs effets néfastes.

Voici donc une œuvre qui mérite une réhabilitation d’urgence !


Fiche du film


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