Coffret Pasolini 100 ans !

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Dans un coffret 6 DVD/BLU RAY Carlotta réédite 9 films de Pier Paolo Pasolini. Indispensable pour pénétrer dans l’œuvre d’un artiste viscéralement engagé et profondément dérangeant.

Loué soit Pier Paolo Pasolini

Cette année est marquée par le centième anniversaire de la naissance de Pierre Paolo Pasolini. Si l’artiste ;  poète, écrivain, essayiste et metteur en scène, n’a jamais cessé de constituer une référence incontournable, que ce soit pour des cinéastes eux-mêmes désireux de bousculer les conventions, que pour des exégètes toujours en quête de sens, ce centenaire est l’occasion unique pour de nouvelles mises en lumière. Citons, entre autres, les Cahiers du cinéma de cet été qui ont mis en parallèle l’approche du réalisateur italien avec celle de Rainer Werner Fassbinder, un de ses contemporains tout aussi anticonformiste. Sorti plus récemment, Tout sur Pasolini (Chez Gremese), une bible de plus de quatre-cent pages pour ne rien éluder. Dans son coffret Carlotta Films choisit de se concentrer sur la filmographie des années-soixante. Choix judicieux à plus d’un titre. Mettre l’accent sur les  premières œuvres de l’auteur  permet de prendre la mesure de l’évolution et de la  révolution Pasolinenne qui ne seront stoppées que par la mort prématurée de l’artiste. Avec Accatone (1961) puis Mamma Roma (1962), c’est dans les oripeaux du Néo-réalisme que la vision marxiste-christique de Pasolini vient prophétiquement perturbée l’ordre établi, annonçant ainsi son Évangile selon Mathieu (1964). Appropriation des mythes, digression,  transgression,  Oedipe Roi (1967) et Médée (1969) accentuent les sentiments troublés qui peuvent naître d’une iconographie de plus en plus trouble et déstructurée.  Si les premiers films demeurent relativement accessibles à un public plus au moins large, la fin de cette  décennie annonce un virage que d’aucuns jugeront trop périlleux et provocateur. Le choix de ne pas inclure Théorème (1968) et surtout Porcherie (1969) dans les titres proposés peut alors par des liens plus étroits avec la filmographie de la décennie suivante. L’objet, on le souhaite, d’un nouveau coffret de Carlotta

 

Perles rares

On ne peut être que ravis par la présence dans ce coffret de deux longs-métrages et quelque peu oubliés  habituellement : Des oiseaux, petits et gros (1966) et Enquête sur la sexualité (1964). Tous deux révélant un Pasolini habité par une légèreté et un sens de l’humour apparemment insoupçonnés. Dans le premier nommé, Toto, éternel  personnage de clown élégant et cynique, parcours la campagne italienne et voyage dans le temps accompagné par son simplet de fils ( acteur) et un corbeau parlant. Récit picaresque, quête de spiritualité,  les aventures rocambolesques du trio s’enchaînent sur un rythme digne des grands comédies italiennes, sans jamais oublier d’interroger  le sens de la vie, en renvoyant dos à dos la religion et la philosophie. La Ricota (1963), moyen métrage également inclus dans le coffret , on retrouve cette même verve folle, avec la présence immobile de l’immense Orson Welles. Dans Enquête sur la sexualité, micro à la main, Pasolini parcourt La Botte du Nord au Sud pour sonder et provoquer les réactions de ses concitoyens sur leurs relations sexuelles, la place de la femme, le divorce…. Témoignages haut en couleur, malice d’un Pasolini pseudo-sociologue qui s’appuie sur Moravia pour valider ses hypothèses, le documentaire en dit aussi long sur l’intervieweur que sur la population qui se met à nu. En réunissant œuvres phares et œuvres Carlotta  ne peut que nous combler.

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