Danger: Diabolik! (Diabolik - Mario Bava, 1968)


Danger: Diabolik! (Diabolik - Mario Bava, 1968)

Adapté d’une bande dessinée très populaire en Italie, Danger: Diabolik! est la première transposition au cinéma de l’esprit fumetti. Signées Mario Bava, les aventures hautes en couleurs du super méchant au mémorable rire démoniaque capturent un certain esprit libertin et libertaire des sixties et font de ce film un monument du cinéma bis.

Article de Caroline Santoyo



A l’instar de notre Fantômas national, Diabolik est en Italie le plus grand génie du crime, un assassin sans scrupules qui n’aime rien tant que l’argent, la cambriole, et sa maîtresse, la sculpturale Eva.
Mais ce n’est évidemment pas à travers ces points scénaristiques abracadabrants mais convenus que pointe le talent de Mario Bava. Formé aux Beaux Arts, ce dernier débute dans le cinéma comme directeur de la photographie avant de devenir l’un des chefs opérateurs les plus convoités et les plus reconnus. Plasticien hors pair, il se distingue par ses éclairages audacieux et ses lumières flamboyantes, d’abord dans des films de genre, puis dans les peplums qu’il synthétisera en participant, avec Dario Argento et Umberto Lenzi, à l’invention du “giallo”, genre filmique typiquement italien à la croisée du policier, de l’horreur, du fantastique et de l’érotique.

Dans son ouvrage sur le burlesque, Petr Kral évoquait la poésie des vieux films auxquels la distance temporelle apposait une aura particulière du fait de leur aspect désuet : décors, accessoires, langage. Cette attirance est indéniablement à l’oeuvre dans Danger: Diabolik! L’inventivité des décors, des trucages et une direction d’acteurs expressionnistes (les personnages sont des archétypes) participent à cette curieuse esthétique du bitonio que Mario Bava met en place dans son film.
L’antre de Diabolik et ses mécanismes délirants, la musique d’Ennio Morricone et les motifs psychédéliques inscrivent ainsi furieusement le film dans les années pop art.


Mais ce second degré est aussi au service de la bande dessinée des soeurs Giussani. Danger: Diabolik est en réalité la première vraie adaptation d’une B.D. sur les écrans, loin de la tradition de transposition littérale qui avait lieu jusque-là, que ce soit dans la série de Batman avec Adam West ou le Barbarella de Roger Vadim. Mario Bava se montre en vérité très respectueux de son support cartoonesque et reprend ses codes plastiques dans la construction de chacun de ses plans et de ses séquences avec un gros travail sur la perspective (contre-plongées, grands angles, zooms) et sur le cadre (avec une prédilection pour l’insertion de cadres dans le cadre), qui étoffent l’ambiance erotique et psychédélique que nous évoquions plus haut.
 
 
 

Il en résulte une oeuvre où l’on s’amuse beaucoup mais qui contient un propos bien plus intellectuel qu’on ne pourrait croire. Car Mario Bava prend plaisir à multiplier clins d’oeil plus ou moins ouvertement iconoclastes qui font de ce film une référence de la contre-culture de l’époque. Que ce soit par l’emploi d’acteurs très connotés séries B et Z (John Phillip Law, alias Diabolik, et Marisa Mell, Eva Kant) ou figures familières du cinéma populaire des années 60 (Adolfo Celi fut également le méchant d’Opération Tonnerre, tandis que l’on se souvient généralement de Terry Thomas –ici ministre de l’intérieur- comme le Sir Reginald de La Grande Vadrouille).
Les institutions “répressives” telles que la Police ou le Trésor sont ridiculisées (au cours de conférences de presse où le ministre de l’économie est notamment asphyxié par du gaz hilarant) et dynamitées (au sens propre comme au figuré). Et l’image de Diabolik et Eva se roulant voluptueusement dans les billets de banque résume l’esprit de Danger : Diabolik : beaucoup de dérision, un peu d’anarchie et une pointe de sulfureux pour un moment de cinéma au-delà de l’ordinaire.


Fiche du film


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