Bravo Virtuose

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Rare film arménien montré de nos jours en France, « Bravo Virtuose » veut trop en faire et rate sa cible.

Un choix commercial ?

Produit entre autres par Agat films, la maison de production de Robert Guédiguian, Bravo Virtuose se pose un peu comme un ovni. Entre thriller et film d’amour, il navigue à vue avec une déconcertante naïveté. Il faudra veiller à voir le film en VO afin de mieux s’immerger dans le pays où le film a été tourné, même s’il a bénéficié d’une aide de la région Champagne, Alsace-Lorraine et Ardennes. Il faut noter aussi les images pour le moins léchées, ainsi que le scénario et la mise en scène, utilisant cependant certains codes du cinéma commercial américain, bien loin du style made in L’Estaque de Guédiguian. Après deux courts métrages, un poème cinématographique et une comédie dramatique, Moskvitch mon amour, primé au Film Forum Festival Golden Knight en Russie en 2015, Lévon Minasian nous propose ce film qui se veut avant tout une approche du monde musical. En effet, ici la caméra se focalise sur le personnage central, Alik, interprété par Samuel Tadevosian qui fait tout ce qu’il peut pour aider le film, clarinettiste à la recherche du concert du siècle en hommage à son grand-père, sorte de clone du maestro Tigran Mansourian, compositeur très connu en Arménie d’où est issu le réalisateur.
 

Une sombre histoire de hold-up

Malheureusement, ce film qui aurait pu porter uniquement sur cet univers, à la manière du remarquable Le concert de Radu Mihaileanu en 2009, se perd dès le début dans une sombre histoire de hold-up inattendue et à laquelle on ne croit pas trop, d’autant qu’elle est vraiment trop rocambolesque, se greffant par circonstance à une histoire d’amour entre Alik et une jeune punkette, Lara, belle-fille d’un mafieux local. Tout se règle un peu à la Tarantino ensuite, avec hémoglobine et plan hyper cadrés, à se demander comment le réalisateur a pu oublier si vite ses maîtres auto-revendiquées : Paradjanov, Pelechian, German et j’en passe. Le film se voudrait une vitrine de l’Arménie, puisqu’on y prend soin de nous montrer, dans des plans assez plaisants, la ville d’Erevan by night, le Mont Ararat enneigé, les belles salles de spectacle héritées de l’époque soviétique, les monastères, etc., mais l’histoire ne prend pas, on tombe trop vite dans un cliché de règlements de compte et de mafias locales qui ne servent pas vraiment ni le récit, ni la réputation de l’Arménie, essentiellement terre des arts et de la musique.

De la musique avant toute chose

Il aurait peut-être été bienvenu de s’en tenir à un seul genre, pourquoi pas le thriller politique par exemple, mais pour en faire une spécificité accusatrice ou simplement ethnologique. Dommage, le tableau dressé de l’Arménie et de son peuple est trop sommaire, voire trop caricatural. D’autre part, la référence à la musique dans ce pays qui compte tant d’artistes, n’est qu’ébauchée, même si Lévon Minasian a pris soin de s’entourer de deux musiciens d’un grand talent, Tigran Hamasyan et Michel Petrossian, ce dernier ayant accepté de composer la musique jouée par l’orchestre mis en scène dans le film. Bravo Virtuose reste pourtant intéressant, mais ne devrait pas trouver un réel public, ce qui est bien dommage pour un film arménien enfin distribué en France, mais nous attendons le prochain avec une certaine impatience et une grande curiosité.

Titre original : Bravo Virtuose

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Durée : 90 mn


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