Box-Office : La biographie du producteur le plus déjanté d´Hollywood de Charles Fleming

Article écrit par

Un livre qui a le mérite de se pencher sur une décennie moins glorieuse que la précédente, à travers cette biographie du producteur Don Simpson, longtemps associé à Brukheimer et à qui l’on doit des cartons 80’s comme Le Flic de Beverly Hills et autres Top Gun. Charles Fleming s’appuie sur la personnalité perturbée de Simpson et son mode de vie trash pour effectuer une radiographie du cinéma et des moeurs de l´ Hollywood de l’époque (la mégalomanie galopante des stars, les salaires de plus en plus insensés, les caprices les plus fous).

On découvre ainsi l’invention du « high concept » cher à Simpson. En gros : un pitch ou une idée de base accrocheuse sur laquelle doit se baser le succès et l’originalité d’un film, passant même avant le scénario ou le choix du réalisateur, avec des descriptions assez tordantes des genèses de Top Gun (qui ne doit son existence qu’à son nom qui sonnait bien dans une revue de l’US Army) ou du Flic de Beverly Hills. Le lecteur a souvent l’impression de parcourir une biographie de rock star, tant le quotidien de Simpson était excessif et déjanté, entre la consommation dantesque de cocaïne, la fréquentation assidues de prostituées et les expériences SM les plus folles narrées dans le détail.

 

D’ailleurs, pour replacer la situation et les modes de vies des autres personnalités guère plus sages que Simpson (mais qui ont su s’arrêter à temps), l’auteur consacre de longs passages fort documentés à l’histoire de la prostitution de luxe à LA, avec le parcours des deux Madame Claude de l’époque, ainsi qu’à l’évolution de la consommation de dope dans les milieux huppés. De récits de tournages épiques (le tout gentillet Jour de tonnerre semble avoir été un enfer à mettre en œuvre) en anecdotes croustillantes, plane sur tout le livre la personnalité fascinante et insaisissable de Don Simpson. Vrai génie créatif dont certaines idées marquèrent (pour le meilleur et pour le pire) le cinéma d’entertainment américain (les bandes-son très travaillées de Flashdance ou Top Gun, l’aspect clippesque), capable de rendre efficaces et universels les scripts les plus idiots (il aurait entièrement réécrit le perso de Ed Harris dans Rock notamment), il était le cerveau du duo tandis que Bruckheimer avait un rôle plus comptable et logistique. Le portrait de cette grande gueule, nabab hollywoodien en surface qui, au fond, est toujours resté cet adolescent grassouillet, complexé par son physique et ses origines redneck, s’avère donc assez touchant. La constante quête de reconnaissance (il souhaitait entamer une carrière d’acteur et a un petit rôle minimisé au montage dans Jour de Tonnerre) et la lente autodestruction de cet homme qui avait tout offre donc un instantané saisissant de décadence hollywoodienne.

Un peu l’équivalent, pour les années 80, des deux livres de Peter Biskind (Le Nouvel Hollywood, consacré aux 70’s et à la génération Spielberg, Scorsese,Coppola et Sexe mensonge et Hollywood, sur la révolution du cinéma indépendant dans les 90’s), sauf que Charles Fleming évite de son côté le syndrome « c’était mieux avant ». Tout en étant conscient du vide de certaines œuvres dont il parle, il reconnaît aussi leur caractère novateur et le sang neuf qu’elles apportèrent à l’époque, saluant ainsi le talent de Simpson.


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Journal intime

Journal intime

Adapté librement du roman de Vasco Pratolini, « Cronaca familiare » (chronique familiale), « Journal intime » est considéré à juste titre par la critique comme le chef d’œuvre superlatif de Zurlini. Par une purge émotionnelle, le cinéaste par excellence du sentiment rentré décante une relation fraternelle et en crève l’abcès mortifère.

Été violent

Été violent

« Eté violent » est le fruit d’une maturité filmique. Affublé d’une réputation de cinéaste difficilement malléable, Zurlini traverse des périodes tempétueuses où son travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Cet été
violent est le produit d’un hiatus de trois ans. Le film traite d’une année-charnière qui voit la chute du fascisme tandis que les bouleversements socio-politiques qui s’ensuivent dans la péninsule transalpine condensent une imagerie qui fait sa richesse.

Le Désert des tartares

Le Désert des tartares

Antithèse du drame épique dans son refus du spectaculaire, « Le désert des Tartares » apparaît comme une œuvre à combustion lente, chant du cygne de Valerio Zurlini dans son adaptation du roman éponyme de Dino Buzzati. Mélodrame de l’étiquette militaire, le film offre un écrin visuel grandiose à la lancinante déshumanisation qui s’y joue ; donnant corps à l’abstraction surréaliste de Buzzati.

Les Jeunes filles de San Frediano

Les Jeunes filles de San Frediano

Ce tout premier opus de Valerio Zurlini apparaît comme une bluette sentimentale. Clairement apparentée au “néo-réalisme rose”, la pochade, adaptant librement un roman de Vasco Tropolini, brosse le portrait d’un coureur de jupons invétéré, Andréa Sernesi, alias Bob (Antonio Cifariello).