Away we go

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Histoire de se détendre sans doute, Sam Mendes s’offre, contre toute attente, un petit film « indé » sous forme de comédie romantique. Excellemment interprétée…mais non exempte de clichés…

C’est, en quelque sorte, le négatif des Noces rebelles. Avis aux amateurs de comédies romantiques : contre toute attente, Sam Mendes, l’excellent contempteur des grands petits vices cachés du rêve américain, donne à voir, à peine quelques mois après son film précédent, une bluette estampillée « indé ». Surprise : l’auteur corrosif d’American beauty s’immerge dans le road movie un brin fauché (tournage rapide, comédiens pas trop connus) pour mieux exhaler un air rafraîchissant, charmant, de romance. De fait, si une fois encore il s’agit d’un couple qui veut s’échapper – et part, en effet – pour mieux se trouver, la fin est idéalement positive, donc américaine. Home, sweet home : il ose, littéralement !

Trève de sarcasme… Comme Mendes ne parvient pas totalement à se défaire de son ironie naturelle, le chemin qu’empruntent Burt et Verona, adorables « adulescents » en attente de leur premier enfant, croise nombre de personnages burlesques, et/ou déjantés. Surtout passablement bousculés par le monde alentour, insatisfaits, voire perdus et perdants. Nul abîme, pour autant : le petit couple en quête de sens – la trentaine sérieusement entamée, quand même – reste au coeur du récit, tandis que défilent ces gentils écorchés.

Qu’ils résident à Phoenix (1ère étape, savoureuse de vulgarité exubérante), à Tucson (joli moment entre deux soeurs blessées par la mort de leurs parents), dans le Wisconsin (une cousine hippie chic/new age, propice à un numéro outré de Maggie Gyllenhaal), à Montréal (cette fois ce sont les copains modèles qui révèlent un secret douloureux) ou à Miami (là, on cale un peu) : chacun n’est jamais qu’esquissé, croqué puis aussitôt zappé. Le but du jeu, bien sûr, étant que ces rencontres successives – qui sonnent comme une conversation agréable, tendre et rythmée – soient évacuées comme autant de fausses pistes avant que ne se dresse, enfin, la solution idéale. Aveuglante d’évidence au fond. Car c’est dans la maison d’enfance de Verona, ravissant cottage en bord de mer est-il utile de préciser, que les deux tourtereaux finiront par fonder leur propre foyer…

Hé ouais ! On en veut un peu à Sam Mendes de choisir un tel cliché – coucher de soleil à l’appui – en guise d’épilogue. Sa petite fable, superficielle mais alerte, promettait davantage. Pas forcément du fait de son écriture (propos sexy mais bons sentiments à la pelle aussi, façon Little miss Sunshine), de sa dramaturgie (simplissime, mais efficace), ni même de sa B.O. de bon aloi (depuis Juno, la pop pointue fait partie du cahier des charges de tout film « indé » américain).

Non, ce qui fait que l’on marche, rit et s’attendrit, c’est tout simplement, tout bêtement l’alchimie impeccable qui relie et unit les deux comédiens principaux, Maya Rudolph et John Krasinski. Ensemble ou séparément, l’une joliment, finement métisse, l’autre épatant d’immaturité et d’humour juif new-yorkais, ils distillent un charme irrésistible. Proposant à la fois une image doucement transgressive de l’Amérique contemporaine («Yes we can »), tout en prolongeant, de façon presque classique, la longue tradition des duos d’acteurs de la comédie américaine. Bien joué, à tout point de vue !

Titre original : Away We Go

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Durée : 98 mn


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