Née en 1934 à Bueno Aires.
Qu’on la découvre ou qu’on soit un fidèle de la première heure, l’œuvre de Nelly Kaplan ne laisse pas indifférent.
Surtout connue comme réalisatrice, cette touche-à-tout du cinéma français marque le cinéma de son argentine empreinte depuis les années cinquante.
Elle arrive en France alors qu’elle n’a que dix-huit ans. Autodidacte, elle apprend toute seule à parler le français, dans une petite chambre du Havre. Et très vite commence à écumer les salles de cinéma. Elle est timide, introvertie. Elle ne connaît que peu de gens. On lui présente Abel Gance.
La bonne rencontre au bon moment. Il va s’arrêter un temps dans sa vie et lui apprendre tout ce qu’il sait sur le cinéma. Il lui fait confiance, elle lui redonne des idées, la force de se battre, d’aller chercher de l’argent, d’essayer. Ensemble, ils réalisent quelques films (elle est alors assistante). Elle n’a peur de rien, ne renonce pas, jamais. Plus qu’une muse, elle s’investit corps et âme dans chacune des œuvres. Elle réalisera en 1963 un court-métrage sur l’oeuvre de son Pygmalion, Abel, hier et demain.
Cette rencontre donc avec Abel Gance, cinéaste peu ou mal compris, la fit entrer dans le monde du cinéma pour qu’elle n’en sorte plus jamais. Un peu misanthrope, elle sait pourtant s’entourer d’une équipe, composée de Claude Makowski et Jean Chapot, avec laquelle elle va s’essayer à tout en étant tour à tour scénariste ou dialoguiste pour ses films et d’autres, productrice de Claude Makowski quand celui-ci réalise Il faut vivre dangereusement. Elle est technicienne (forcée par le manque de moyen financier, il fallait être polyvalente !). Évidemment, elle est réalisatrice. D’abord de courts-métrages tels que Magirama (1956) et Austerlitz (1960). Puis un premier long métrage, en 1969, La Fiancée du pirate qui devient un film « culte ». Changeant de registre, elle réalise en 1971 Papa les p'tits bateaux. Le succès n’est pas au rendez-vous (au moins pas en France). Dommage. Elle ne reste pas sur cet échec. De toute façon elle a d’autres champs d’investigation. Partagée entre son amour pour le cinéma et pour la littérature, elle n’a pas à choisir mais s’essaye aux deux. Alors entre-temps, elle écrit. Nelly Kaplan est aussi ou plutôt également écrivain. Sous le pseudonyme de Bellen, elle écrit notamment Le Réservoir des sens, publié en 1966. Férue de peinture, elle s’intéresse aux peintres, Masson illustre un de ses ouvrages et elle réalise un reportage sur Picasso, au surréalisme (courant qui marque d’ailleurs son œuvre cinématographique).
Elle est aussi interprète notamment dans Charles et Lucie, qu’elle réalise en 1980. Elle y joue une bohémienne, une nomade éprise de liberté. Nelly Kaplan se voit souvent décrite comme une flibustière du cinéma. Jeu de mots facile. Elle ne pille rien au cinéma si ce n’est une énergie folle, une envie. Disons alors qu’elle le serait par son amour de la liberté. Elle sait dire non. C’est ce qui séduit. En cela, elle ressemble à ses personnages. Elle ressemble à Marie, la fiancée du pirate car elle ne se laisse pas faire ; elle refuse de subir le joug imposé par les autres. Elle prend des initiatives, ose affronter leur regard. En un mot, Nelly Kaplan est libre et jamais vraiment politiquement correcte. Abordant des sujets sérieux, graves, même sous le couvert de la parodie, de l’humour, ses films dérangent, bouleversent, marquent par leur exubérance. On l’a dit féministe, elle l’est certainement, mais qualifie son cinéma d’androgyne. Elle refuse les étiquettes.
En 1990, elle tourne Plaisir d’amour. Puis elle revient à son premier travail : journaliste (elle a commencé comme correspondante pour des journaux argentins) aujourd’hui, elle écrit pour Le Magazine littéraire.
Nelly Kaplan est un kaléidoscope artistique, elle est une femme pétrie d’art qui est entrée dans le cinéma comme on entre en religion, prête à tout donner sans rien demander en retour, une altruiste qui agit par passion plus que par raison.
Virginie Aulnette
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