Nous sommes à Tokyo, en 1905. Le 20 août, Mikio Naruse voit le jour. Ses parents font partie d’une classe sociale relativement modeste. Très jeune, il découvre la littérature de son pays, domaine qui le passionnera.
Il passe une enfance difficile, marquée par le décès de ses parents. Il a alors une quinzaine d’années et devient accessoiriste à la Shochiku, plus par nécessité que par ambition. Mais il y apprendra un métier artistique. Il côtoie des comédiens, des cinéastes et des producteurs.
Par curiosité, il s’intéresse au milieu du cinéma.
En 1926 il devient l’assistant du réalisateur japonais Heinosuke Goshô, à qui l’on doit le premier film parlant au japon, Madame est ma voisine, en 1931. Celui-ci participera au montage du premier long métrage de Naruse, L’amour c’est la force, en 1930.
Ce n’est que deux films plus tard, et deux ans après la première deL’amour c’est la force, que Naruse connaîtra la consécration par ses pairs. Le petit Mikio, devenu grand, enchaîne les tournages. Très prolifique, il tourne 22 films muets entre 1930 et 1934. C’est en 1935 qu’il calme un peu la cadence, en oeuvrant sur son premier long métrage parlant, Trois Sœurs au cœur pur.
Naruse est un cinéaste du paradoxe. Un homme qui, en quelques années, a transformé son regard sur le cinéma. Il faudra attendre la seconde Guerre mondiale pour faire basculer l’imperturbable Mikio dans une profonde tourmente. Lointaine semble l’époque des comédies, dont Naruse était devenu l’emblème. Explorant même parfois, pour ne pas dire souvent, le burlesque et le ridicule de l’homme.
La guerre stoppe nette la carrière du cinéaste. C’est à la toute fin des années 40 et au début des années 50 que Naruse revient sur le devant de la scène. Le clown est devenu triste. Son regard a changé, il ne voit plus l’être humain de la même manière, et le fait comprendre. Naruse devient le précurseur du Shomin Geki, un courant cinématographique visant à dépeindre le quotidien du petit peuple. La petitesse de l’esprit humain, le ridicule de l’homme, dans un sens plus négatif qu’autrefois. Mais Naruse reste l’éternel farceur des débuts et n’hésite pas, dans sa démarche de reconstruction, à faire des clins d’œil à son cinéma d’antan. On y retrouve ainsi ce sarcasme, cette ironie, ou encore cette habileté bien « naruséenne » à rire de tout.
Le cinéaste dessine ainsi son cinéma. Le message devient évident : il ne faut pas se laisser étouffer par des règles inutiles. Ses films le montreront avec force, et parfois avec grâce. Son univers évoque sans détour les symptômes de l’après-guerre, et la force de ses œuvres réside dans la justesse et la finesse de l’analyse de ce contexte historico-politique.
Le Repas, Nuages Flottants, Nuages d’été. Films structurés autour de thématiques chères au cinéaste comme la famille et la condition des femmes. Reflets sans doute de sa période muette, privilégiant les silences aux longs discours. Les gestes parlent à la place des mots, les regards se suffisent à eux-mêmes.
Toute la carrière de Mikio Naruse est ainsi faite, de longs moments de silence, de moments de grâce, de poésie, mais aussi d’introspection de l’être humain. Comme en témoigne son ultime œuvre Nuages épars, la vie pour lui c’est un peu ça, un nuage qui survole l’existence…
Michael Kuntz
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